Guerre au Moyen-Orient : le cessez-le-feu mis à rude épreuve
Devant le Conseil de sécurité, réuni en urgence jeudi à la demande du Bahreïn, Elizabeth Spehar, haute responsable du département des affaires politiques de l’ONU, a évoqué une situation marquée par une « résurgence préoccupante des confrontations militaires entre les États-Unis et l’Iran ». Cela survient alors que des efforts de médiation se poursuivent à Doha, sous l’égide du Qatar, pour mettre en œuvre le mémorandum d’accord conclu entre les États-Unis et l’Iran le 17 juin.
Le détroit d’Ormuz, nouvel épicentre des tensions
Les événements se sont accélérés. Le 25 juin, un drone iranien a attaqué le cargo Ever Lovely, battant pavillon singapourien, alors qu’il tentait de traverser le détroit d’Ormuz. Un autre drone a touché le pétrolier Kiku, immatriculé au Panama, près de ce détroit stratégique. La navigation dans cette voie maritime, interrompue par l’Iran suite aux frappes américaines et israéliennes de février, venait tout juste de reprendre grâce au mémorandum d’accord.
Washington a qualifié ces frappes d’« violation de l’accord » et d’« menace contre la libre navigation » dans le détroit, par où transite habituellement près de 20 % du pétrole mondial. L’Organisation maritime internationale a suspendu temporairement le couloir d’évacuation mis en place pour les marins et les navires bloqués.

En réponse, les États-Unis ont frappé, les 26 et 27 juin, des infrastructures militaires côtières iraniennes dans la province d’Hormozgan. Téhéran a dénoncé une « violation flagrante » de l’accord. Dans la nuit du 28 juin, l’Iran a affirmé avoir ciblé des infrastructures militaires américaines dans le Golfe, notamment la base aérienne Ali Al-Salem au Koweït et le quartier général de la Vème flotte américaine au Bahreïn. Les États-Unis n’ont signalé aucune victime ni dégât sur leurs installations.
Une artère maritime sous haute surveillance
Cette série de frappes et de ripostes a mis à mal le cessez-le-feu. Elizabeth Spehar a souligné la vulnérabilité des États du Golfe, pris dans une confrontation qui se joue parfois au-dessus de leurs territoires. Les autorités bahreïniennes ont intercepté plusieurs menaces aériennes iraniennes et signalé des dommages à un immeuble résidentiel, sans faire état de victimes. Le Koweït a rapporté l’interception de deux missiles balistiques dans son espace aérien.
Pour l’ONU, l’enjeu dépasse le cadre militaire. « Les zones résidentielles, les ports, les installations énergétiques, les navires commerciaux et le personnel maritime doivent être protégés », a insisté Mme Spehar, rappelant la condamnation par le secrétaire général de toutes les attaques visant des civils.

Le détroit d’Ormuz concentre ainsi les craintes régionales et les fragilités mondiales. Bien que le trafic maritime y ait repris, il reste inférieur à son niveau d’avant-crise. L’ONU appelle à restaurer les flux de pétrole, de gaz et d’autres produits essentiels pour alléger la pression sur l’économie mondiale.
Une désescalade encore fragile
Malgré les affrontements, les discussions diplomatiques ont continué. Après une médiation du Qatar, les États-Unis et l’Iran ont convenu, le 28 juin, de cesser leurs attaques mutuelles. Des pourparlers indirects ont repris à Doha le 30 juin, et l’Iran et Oman ont discuté des garanties de navigation dans le détroit.
Cependant, le répit reste précaire. « Chaque nouvelle frappe, chaque interception, chaque incident maritime accroît le risque d’erreur de calcul », a averti Mme Spehar. Un retour à des hostilités ouvertes aurait des conséquences « catastrophiques » pour les populations de la région, la paix internationale et l’économie mondiale. Elle a appelé à la retenue, au respect du droit international et à la préservation de la liberté de navigation. Au Moyen-Orient, la guerre n’a pas repris, mais le cessez-le-feu est fragile.
Source : ONU
