À Marseille, la grève historique chez Haribo se poursuit depuis un mois et demi

À Marseille, la grève historique chez Haribo se poursuit depuis un mois et demi

Depuis six semaines, les salariés de l’usine Haribo de Marseille, située avenue du Capitaine-Gèze (15e), poursuivent un mouvement de grève sans précédent dans l’histoire du site. Le 6 août, les syndicats Force Ouvrière (FO) et la CGT ont appelé à un nouveau rassemblement, et les grévistes ont été rejoints par des employés de l’usine d’Uzès (Gard).

« Pas de ronds, pas de bonbons ». Chaque matin, cette banderole est déployée devant les grilles de l’usine, symbolisant un conflit social enraciné dans l’un des sites industriels les plus emblématiques de la ville, en activité depuis 1968.

Les salariés bloquent une partie de la production, effectuant deux heures de grève par poste, soit six heures de débrayage quotidien. Le 6 août, une nouvelle journée de mobilisation de 24 heures a été lancée par FO et la CGT. Jean-Pierre Martins, élu CGT Haribo Marseille et salarié depuis 1998, souligne : « Il y a déjà eu des mouvements de grève qui ont duré deux semaines, grand maximum. Là, on n’a jamais connu ça. »

Des négociations annuelles obligatoires jugées trop faibles

Les Négociations annuelles obligatoires (NAO), ouvertes le 25 juin, sont à l’origine du désaccord. La direction a d’abord proposé une augmentation générale de 0,9 %, soit environ 18 euros bruts par mois, avant de revoir son offre à 1,5 %, sous condition d’atteindre des objectifs de production, une proposition jugée irrecevable par les grévistes. Jean-Pierre Martins déclare : « Avec le mouvement de grève, ce n’est pas réaliste. »

Contactée, la direction d’Haribo France n’a pas souhaité commenter. Dans un communiqué publié fin juin, elle a indiqué que les positions des syndicats et de la direction étaient « trop éloignées pour permettre la conclusion d’un accord ». Elle a également souligné que les augmentations accordées entre 2022 et 2026 ont dépassé l’inflation cumulée de 1,3 point. De plus, elle affirme que la rémunération annuelle moyenne d’un ouvrier chez Haribo est supérieure de 24 % à la moyenne nationale, avec un dispositif de participation et d’intéressement représentant environ 8 000 euros par salarié.

Pour les représentants du personnel, cette proposition est d’autant plus difficile à accepter que Haribo France a réalisé près de 36 millions d’euros de bénéfices en 2025.

Une grève illimitée

Malgré le mouvement, l’usine continue de fonctionner. Selon les syndicats, « le site tourne grâce au recrutement d’intérimaires formés et à des cadres qui travaillent en production ». L’usine emploie environ 180 ouvriers, auxquels s’ajoutent les services techniques.

Un camion est resté stationné devant les grilles de l’usine, tandis que des militants syndicaux d’Uzès et des Docks ont renforcé les piquets de grève. Les salariés de l’usine d’Uzès se sont également joints au mouvement, bien que les deux usines soient des entités juridiques distinctes. Guillaume Brante, délégué syndical CGT Haribo France, rappelle que « les NAO concernent les deux sites et l’ensemble des boutiques de France ».

À Marseille, près de 90 % des salariés sont syndiqués, contre 70 % à Uzès. Chaque semaine, FO et la CGT organisent une journée de grève de 24 heures, principalement suivie l’après-midi. Le mouvement a déjà un coût pour les salariés, certains ayant perdu jusqu’à 60 heures de salaire, soit près de deux semaines de rémunération. « La suite dépendra des salariés, mais il y a une perte importante de revenus », reconnaît Jean-Pierre Martins.

La prochaine réunion avec les représentants du personnel est prévue le 28 septembre, une échéance jugée trop éloignée par les syndicats. Avec l’usine d’Uzès, le site marseillais constitue le cœur de la fabrication des bonbons Haribo en France. Depuis 2022, après la fermeture de la boutique historique de l’usine (14e), la seule boutique Haribo des Bouches-du-Rhône se trouve à Plan-de-Campagne.

Cet article est basé sur des informations de Made in Marseille.

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