Débordée par l’afflux de pull requests de faible qualité, la Fondation Godot, à l’origine du moteur de jeu vidéo open source et gratuit utilisé pour créer des jeux 2D et 3D, a décidé de durcir sa politique de contribution, allant jusqu’à bannir le code généré par des agents IA.
C’est un défi qui dépasse largement Godot.
Depuis plusieurs mois, les mainteneurs de projets open source alertent sur la charge de travail devenue intenable, portée par l’essor de l’IA et la multiplication de contributions abusives.
Ce phénomène touche également le noyau Linux. Linus Torvalds, fondateur du projet open source, a exprimé son inquiétude début mai 2026, dénonçant une « agitation totalement inutile » et évoquant une liste de sécurité devenue ingérable à cause de rapports de vulnérabilités redondants générés par IA.
Alors que l’IA a réduit le coût de la contribution, tant en temps qu’en compétences, la relecture nécessite toujours un effort humain significatif. Les mainteneurs bénévoles, déjà peu nombreux, se voient submergés par des propositions dont la qualité est souvent douteuse.
Face à cette situation, Godot a annoncé le 30 juin 2026 une refonte de sa politique de contribution: « Il est temps pour nous de reconnaître que ces problèmes ne vont pas disparaître », indique le communiqué.
Godot serre la vis : ce que change la nouvelle politique
Ce communiqué résulte de plusieurs mois de réflexion. Dès février, les responsables de Godot avaient évoqué des demandes de fusion problématiques liées à l’IA, qu’ils considéraient « de plus en plus épuisantes et démoralisantes » à traiter.
Concrètement, la fondation interdit l’utilisation d’agents IA autonomes ou de « vibe coding ». L’IA ne pourra plus générer de portions substantielles de code, seules des tâches mineures seront tolérées, et devront être signalées dans la discussion de la pull request. De plus, toutes les communications devront être rédigées par des humains, à l’exception des traductions automatiques d’un texte initialement humain.
La fondation justifie cette fermeté par deux raisons : « L’IA ne peut pas assumer ses responsabilités, et nous ne pouvons pas faire confiance aux grands utilisateurs d’IA pour comprendre suffisamment leur code afin de le corriger. »
Par ailleurs, Godot impose aux nouveaux contributeurs, ceux ayant moins de contributions validées, de ne pas proposer de nouvelles fonctionnalités ou refontes importantes sans validation préalable des mainteneurs, les orientant ainsi vers des corrections de bugs et de la documentation.
Une prudence assumée, mais pas un dogme
La fondation ne précise pas de méthode technique pour détecter les contributions IA non déclarées. Le dispositif repose donc sur la transparence des contributeurs et la vigilance des relecteurs humains lors de l’examen des pull requests.
Les équipes de Godot ne considèrent pas cette politique comme définitive. Elles envisagent de s’adapter aux évolutions des outils d’IA : « La situation évolue quotidiennement en ce qui concerne les outils d’IA disponibles. Nous maintiendrons une approche prudente dans nos politiques à leur égard, mais nous réévaluerons la situation au fur et à me de son évolution. »
En restant ouverts tout en étant plus stricts sur les modalités de contribution, Godot vise la pérennité du modèle open source. Face à la pression croissante de l’IA, certains projets ont choisi de limiter l’ouverture du code. C’est le cas du cofondateur de Cal.com, qui a fermé son dépôt principal en avril dernier, estimant que la transparence du code facilite la détection des failles par des IA.
Source : Numerama
