Géopolitique du train : Claude Leblanc analyse les enjeux entre la France et l’Allemagne

« Géopolitique du train » - 4 questions à Claude Leblanc

La géopolitique du train : Entretien avec Claude Leblanc

Ancien rédacteur en chef de Courrier international et de Jeune Afrique, Claude Leblanc, qui couvre l’Asie pour le quotidien L’Opinion, répond aux questions de Pascal Boniface à l’occasion de la parution de son ouvrage Géopolitique du train aux Presses universitaires de France (PUF).

Un indicateur de l’état d’un pays

Claude Leblanc souligne que l’état des infrastructures ferroviaires d’un pays peut être un reflet de sa puissance économique et technologique. Au début du XXe siècle, les États-Unis détenaient les deux tiers des voies ferrées mondiales, un fait qui illustre leur position dominante à l’époque. Aujourd’hui, la Chine, qui possède plus de lignes à grande vitesse que le reste du monde combiné, a pris le relais. La construction de chemins de fer a permis à la Chine de se positionner comme un leader dans des secteurs clés, tels que l’intelligence artificielle et les véhicules électriques, en intégrant le rail dans son plan Made in China 2025.

La voie ferrée comme instrument d’unification

Historiquement, les États-Unis ont utilisé le rail pour unifier leur territoire, notamment lors de la conquête de l’Ouest au XIXe siècle. Actuellement, des pays comme l’Inde investissent dans des infrastructures ferroviaires pour renforcer leur intégrité territoriale. Par exemple, la ligne Udhampur-Srinagar-Baramulla (USBRL) inaugurée en juin 2025, symbolise la souveraineté indienne dans une région contestée. Ce phénomène se retrouve également en Chine, où des projets ferroviaires visent à affirmer le contrôle sur des régions sensibles comme le Tibet.

Conséquences de la guerre en Ukraine

La guerre en Ukraine a révélé l’importance stratégique du rail. Les trains ont été essentiels pour le transport de matériel militaire et pour les visites de soutien des dirigeants occidentaux à Kiev. Avant même le conflit, l’Ukraine avait été incitée par Bruxelles à adopter l’écartement standard afin de renforcer ses liens avec l’Union européenne. La construction de lignes conformes aux normes européennes pourrait augmenter la capacité de transbordement de 30 à 40 %, permettant de transporter environ 37 000 conteneurs supplémentaires par an.

Le rail comme moyen d’influence diplomatique

Historiquement, la construction de lignes ferroviaires a été utilisée comme un outil de diplomatie. La Russie, au XIXe siècle, a vu dans le Transsibérien un moyen d’expansion pacifique. Aujourd’hui, des pays comme la Chine et l’Inde investissent dans des projets ferroviaires à l’étranger pour renforcer leurs relations diplomatiques. Par exemple, la Turquie prévoit de construire une liaison ferroviaire entre l’Arabie saoudite et la Syrie d’ici trois à quatre ans, soulignant l’importance croissante du rail dans les relations internationales.

En conclusion, le train apparaît comme un élément central dans la géopolitique contemporaine, reflétant non seulement l’état d’un pays, mais aussi ses ambitions et ses relations internationales.

Source : Claude Leblanc, entretien avec Pascal Boniface

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