Les armes économiques reprennent du service
Terres rares, puces, sanctions, dollar : la semaine confirme la bascule. L’économie n’est plus l’arrière-plan de la puissance. Elle en est l’instrument.
Terres rares : une trêve qui tient sur des mots
Le sommet sino-américain de mai 2026 n’a pas permis d’engagements tangibles. Pékin a déclaré qu’il « répondra aux préoccupations » américaines concernant les pénuries d’yttrium, de scandium et d’indium, mais sans calendrier ni mécanisme de vérification. La suspension des restrictions chinoises, en vigueur depuis octobre, est prolongée jusqu’en novembre 2026, mais il s’agit d’une pause plutôt que d’un désarmement. La dépendance à l’égard de la Chine demeure forte, ce pays contrôlant environ 91 % du raffinage mondial des terres rares et 60 % de leur extraction à aimants.
L’Occident verrouille l’amont minier
En mai 2026, le gouvernement australien a ordonné à des investisseurs chinois de céder leurs parts dans Northern Minerals, une première dans la logique de sécurité nationale. Washington soutient cette stratégie, avec l’EXIM américaine émettant près de 4 milliards de dollars de lettres d’intention pour renforcer la chaîne d’approvisionnement en terres rares. Cependant, le déplacement de la production chinoise reste limité et la construction de la résilience est un processus long.
Puces : Washington monétise l’accès chinois
Un changement significatif est observé dans la guerre des semi-conducteurs. Le Bureau of Industry and Security des États-Unis examine désormais les licences d’exportation des puces Nvidia H200 et AMD MI325X vers la Chine de manière individuelle, en imposant une taxe de 25 % sur ces exportations. Ce mécanisme représente une nouvelle forme de géoéconomie, où le contrôle des exportations devient une source de revenus pour le gouvernement américain.
Sanctions : l’offensive « Economic Fury » s’étend
Les États-Unis maintiennent la pression sur l’Iran durant les négociations pour un cessez-le-feu, en sanctionnant la Persian Gulf Strait Authority, utilisée par les Gardiens de la Révolution. Par ailleurs, l’OFAC a prolongé une licence liée à Lukoil International. Au Royaume-Uni, les avoirs gelés ont augmenté de 24,4 à 37 milliards de livres entre 2023-24 et 2024-25, illustrant la transformation des sanctions en une véritable administration.
Dé-dollarisation : ambition affichée, gradualisme réel
Sous la présidence indienne, les BRICS avancent vers une dé-dollarisation progressive, intégrant des prêts en monnaies locales. Toutefois, des contradictions internes persistent, le dollar restant dominant sur les marchés de la dette souveraine. Les récents accords entre l’Inde et les États-Unis, suivis de l’augmentation des achats de pétrole russe hors dollar, révèlent des tensions au sein du bloc.
Le contournement, angle mort du système
Les sanctions montrent leurs limites avec des violations persistantes. Pyongyang aurait exporté environ 1,5 million de tonnes de charbon en 2025, en contournant les sanctions onusiennes. Les importations de pétrole raffiné depuis la Chine et la Russie auraient dépassé sept fois le plafond fixé par l’ONU.
Sources :
- Discovery Alert
- IEA
- Andersen Institute
- Steptoe
- Mondaq
- BRICS Council
- Wiley / Global Policy
