«Genève ne devrait pas avoir une politique d’innovation, mais au moins cinq!»

Genève ne devrait pas avoir une politique d’innovation, mais au moins cinq!

Genève a adopté en 2025 un plan directeur de l’innovation s’étalant sur trois ans, visant notamment à créer un fonds cantonal pour l’innovation. Dans une capitale financière, il semble paradoxal de devoir faire appel au secteur public pour soutenir une économie d’innovation majoritairement privée.

Dominique Foray, expert en innovation, considère ce fonds cantonal comme une initiative positive, bien qu’elle ne soit pas dans la tradition suisse. En effet, le financement privé des start-up et de l’innovation rencontre des obstacles. La Loi fédérale sur les placements collectifs de capitaux a permis aux fonds de pension d’investir jusqu’à 15 % de leurs actifs en private equity et capital-risque depuis 2006. Cependant, vingt ans plus tard, ce chiffre est à peine de 1,5 %, alors que la rentabilité de ces investissements est souvent supérieure à celle des autres types d’investissements. Cela souligne la nécessité d’un fonds public d’innovation, à condition qu’il soit bien géré.

Concernant la stratégie d’innovation du Canton, Foray la juge peu inspirante, décrivant un patchwork d’idées sans lien réel avec les spécificités du territoire. Il critique également l’accent mis sur le Campus Biotech, qui semble éclipser d’autres acteurs d’innovation comme l’Université de Genève, les hautes écoles spécialisées, ou le CERN.

Foray souligne que Genève aurait besoin de cinq stratégies d’innovation distinctes, adaptées aux différents secteurs économiques, notamment la finance, le luxe, le négoce, et les technologies de l’information. Il évoque la nécessité d’une spécialisation intelligente, qui prend en compte les particularités de chaque secteur.

Dans le secteur financier, par exemple, les fintechs représentent un enjeu crucial. Une étude récente sur plus de 1000 entreprises suisses révèle que celles du secteur financier innovent principalement de manière incrémentale, sans rupture significative, malgré les défis liés à l’intelligence artificielle et à la cybersécurité quantique. Le secteur est largement absent des préoccupations de l’agence d’innovation Innosuisse, laissant une opportunité à saisir pour Genève.

Foray remet aussi en question l’efficacité du Campus Biotech en matière de transfert de technologies vers les entreprises. Bien qu’il soit reconnu comme institution d’importance nationale, il a récemment reçu seulement la moitié des financements fédéraux demandés, en raison de ses lacunes dans ce domaine.

Les chiffres du Swiss Venture Capital Report montrent un écart marqué dans le financement des start-up : en 2025, les start-up du canton de Zurich ont levé plus d’un milliard de francs, celles de Vaud plus de 500 millions, tandis que Genève n’a atteint que 77,5 millions. Ce contraste s’explique par l’absence d’écoles polytechniques fédérales à Genève et par le rôle attractif joué par les EPF à Zurich, où des géants comme IBM et Google se sont établis.

Enfin, Foray pointe l’absence de références aux hautes écoles spécialisées dans le plan d’innovation genevois, alors qu’elles sont essentielles pour le dialogue avec les PME et pour la recherche appliquée. Elles pourraient jouer un rôle central dans le développement régional, tout comme les organisations internationales et les ONG présentes dans la région.

Le plan d’innovation propose également la création d’un nouveau lieu pour les entreprises innovantes, inspiré de modèles comme la Kista Science City à Stockholm. Bien que cela puisse être bénéfique, Foray reste sceptique quant à sa pertinence dans une stratégie d’innovation qui devrait se concentrer sur la spécialisation sectorielle.

Source : Heidi.news

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