Garde à vue de journalistes guyanais : les syndicats démontent les arguments de la justice

Garde à vue de journalistes guyanais : les syndicats critiquent les arguments de la justice

Huit heures et demie de privation de liberté. C’est ce qui a été jugé nécessaire par la gendarmerie de Cayenne dans le cadre d’une enquête visant deux membres de la rédaction locale Guyaweb. Mercredi 17 juin, la directrice de publication Katia Leï-Sam et le journaliste Frédéric Farine ont été placés en garde à vue, puis relâchés, à la suite d’une plainte pour « divulgation d’information personnelle permettant d’identifier ou de localiser une personne dépositaire de l’autorité publique et exposant à un risque direct d’atteinte à la personne ».

Cette me fait suite à un article publié par le média il y a plus de deux ans. Le 27 mars 2024, Frédéric Farine a révélé que un magistrat guyanais, chargé du crime organisé, a été exfiltré du territoire après avoir été « menacé de mort par une bande armée brésilienne ». Son nom et sa photo figuraient dans l’article. Une plainte du magistrat concerné a été déposée le lendemain de la publication, et une enquête préliminaire est toujours en cours.

Les fondements de cette enquête sont remis en question par un communiqué du Syndicat national des journalistes (SNJ), publié la veille de la garde à vue. Le SNJ souligne que l’article a été mis en ligne plusieurs semaines après le départ de Guyane de ce fonctionnaire. De plus, si des menaces ont été proférées, le gang concerné avait déjà connaissance de son identité. Enfin, les données personnelles du magistrat étaient facilement accessibles sur Internet.

Deux jours plus tard, le Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne (Spiil) a également contesté les arguments du parquet. Le Spiil précise que la loi sur la liberté de la presse ne sanctionne pas la révélation de l’identité des magistrats. Il dénonce en outre le principe même d’une garde à vue dans cette affaire, rappelant que le délai de convocation, plus de deux ans après l’article incriminé, dépasse largement la prescription applicable aux délits de presse, qui est de trois mois.

Les deux syndicats alertent sur des méthodes jugées « abusives », le SNJ qualifiant même les motifs de l’enquête de « procédure « bâillon » ». Ils établissent un lien avec d’autres gardes à vue récentes visant des journalistes d’investigation en France.

Source : Guyaweb

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