Une très petite récolte

Travail dès 4 heures du matin : à Técou, dans le Tarn, le viticulteur Dominique Malbert a lancé sa récolte avec une avance inhabituelle, au milieu du mois d’août. En cause, le duo canicule-sécheresse, qui a précipité la maturité du raisin et amputé les volumes de 30 à 40 %. Dans le vignoble gaillacois, la qualité s’annonce au rendez-vous, mais la quantité manque cruellement.

Il fait encore nuit lorsque la machine à vendanger s’ébranle dans les parcelles de Técou, à quelques kilomètres de Gaillac. Ce jeudi 13 août, Dominique Malbert, viticulteur coopérateur à Vinovalie, a démarré sa récolte dès 4 heures du matin. Pas le choix : avec les températures de la journée, mieux vaut rentrer le raisin tant qu’il fait encore frais. Et surtout, il n’a pas de temps à perdre.

Cette année, la météo est venue jouer les trouble-fêtes. « On est en train de perdre énormément de quantité. En termes de volume, ça va être une très petite récolte », déplore le viticulteur. Il chiffre la perte : « 30 à 40 % en moins », bien que ce déficit soit « très hétérogène d’une parcelle à l’autre. »

Face au duo canicule-sécheresse, les viticulteurs gaillacois n’ont pas eu le choix : il a fallu avancer le calendrier pour limiter la casse. Certains cépages atteignent déjà des taux de sucre très élevés, laissant présager des vins à 14, voire 15 degrés d’alcool.

L’exercice est délicat, comme l’explique Nathalie Vaysette, présidente de l’appellation Gaillac : « Il faut attendre la pleine maturité pour qu’on ait vraiment le raisin mûr et les tanins, mais il ne faut pas trop attendre non plus, pour qu’on puisse avoir encore un peu de jus. Sinon, on va se retrouver avec des ‘raisins de Corinthe' », des baies desséchées, concentrées à l’excès, difficiles à vinifier.

Ce qui rend l’année particulièrement frustrante, c’est que tous les voyants étaient au vert. « Vraiment, le millésime était parti pour être un millésime exceptionnel », regrette Nathalie Vaysette. « On sera quand même sur un volume encore en dessous de ce qu’on espérait. » Toutefois, la présidente de l’appellation souligne un point positif : « On a eu un hiver pluvieux qui nous permet d’avoir quand même quelque chose de bien malgré tout en termes de qualité. »

Les vendanges ne font que débuter sur ce territoire aux cépages endémiques, comme le braucol, le duras, len de l’el, ou le mauzac, et devraient se poursuivre jusqu’à fin septembre. Mais partout, la même inquiétude domine.

Pour les viticulteurs les plus touchés, le coup est rude. Afin de les aider à honorer leurs engagements, une me préfectorale exceptionnelle les autorise à acheter du raisin au sein du vignoble gaillacois. Un dispositif qui n’a en réalité plus rien d’hors normes : c’est la troisième fois en cinq ans qu’il est activé.

Article écrit à partir d’un reportage d’Hélène Jacques et d’Elliott Sentenac.

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