Sur un pas de tir du Kazakhstan rouille depuis 1988 une fusée de 17,8 milliards de roubles qui n'a volé que deux fois

La fusée Energia du Kazakhstan : un symbole d’ambitions spatiales avortées

Une fusée emblématique, la Energia, conçue pour rivaliser avec les plus puissants lanceurs américains, repose depuis des décennies sur un pas de tir du Kazakhstan, figée par l’histoire. Après avoir effectué seulement deux vols réussis, cette prouesse technologique est désormais abandonnée, témoin du déclin d’un empire qui n’a plus les moyens de ses ambitions.

Un parcours technique sans faute

La Energia n’a été lancée que deux fois, et les deux fois, elle a rempli ses objectifs. Son vol inaugural a eu lieu en mai 1987, transportant une charge militaire nommée Polious. Bien que la fusée ait parfaitement fonctionné, la charge utile n’a pas réussi à atteindre son orbite cible en raison d’un dysfonctionnement interne.

Le second et dernier lancement s’est déroulé le 15 novembre 1988, avec la navette Bourane, la réponse soviétique à la navette spatiale américaine. Ce vol s’est également soldé par un succès, l’orbiteur ayant effectué deux orbites autour de la Terre avant de revenir se poser à Baïkonour. Malgré ces réussites techniques, aucun troisième vol n’a été programmé, en raison de facteurs politiques et économiques liés à l’effondrement de l’Union soviétique.

Une facture astronomique

Le développement de la Energia et de la Bourane a coûté environ 17,8 milliards de roubles, une somme colossale pour l’époque, mobilisant plus d’un million de travailleurs à travers 1 286 entreprises et 86 ministères. La chute de l’URSS en 1991 a mis fin à ce programme ambitieux, le laissant en sommeil à cause de financements insuffisants. Le programme a été officiellement arrêté le 30 juin 1993, lorsque le président Boris Eltsine a signé l’arrêt définitif du projet.

La navette Bourane : un destin tragique

La Bourane, qui était le seul exemplaire à avoir réellement volé dans l’espace, a été stockée à Baïkonour après son vol en 1988. Malheureusement, le 12 mai 2002, le toit du hangar où elle était entreposée s’est effondré en raison d’un manque d’entretien, entraînant la mort de huit ouvriers et la destruction de la navette.

Une seconde navette, Ptichka, presque achevée, a été sauvée de la même fate en étant déplacée vers un autre bâtiment, mais elle reste clouée au sol, sans jamais avoir eu l’occasion de voler.

Un héritage rouillé

Aujourd’hui, le cosmodrome de Baïkonour vit sur deux vitesses : d’un côté, des installations toujours opérationnelles pour les lancements Soyouz, et de l’autre, des hangars où la Energia et les vestiges de son programme prennent la poussière. Ces sites abandonnés sont devenus des témoins d’une époque où la conquête spatiale était une priorité, mais illustrent également les limites des ambitions d’un empire en déclin.

L’histoire de la Energia et de la Bourane soulève des questions sur d’autres projets ambitieux qui pourraient également être en attente, à la merci des aléas économiques et politiques.

Source : SciencePost

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