Franz Wuillemin, instituteur, exhume des archives scolaires pour révéler l’histoire locale.

Franz Wuillemin, l'instituteur qui exhumait le passé

Franz Wuillemin : L’instituteur qui a marqué l’archéologie de Thoune

Thoune, 12 septembre 2026 – 09:15
Il y a un peu plus d’un siècle, l’archéologue amateur Franz Wuillemin, armé d’une pelle et d’une pioche, parcourait la région de Thoune pour mettre au jour les vestiges du passé. Ses découvertes demeurent aujourd’hui d’une grande valeur historique.

À cette époque, des hommes armés de pioches et de pelles exploraient les forêts, ouvrant des tombes millénaires et exhumant épées, bijoux et crânes humains. Ces trouvailles changeaient souvent de mains, finissant dans des collections privées ou rejoignant les musées. Adriano Boschetti, archéologue cantonal bernois, évoque cette période comme un « véritable Far West », tout en soulignant qu’elle marque les débuts de l’archéologie moderne.

L’archéologie actuelle repose sur les travaux des XVIIIe, XIXe et du début du XXe siècle. Cependant, cette époque est marquée par une frustration due à une documentation souvent lacunaire, entraînant la perte d’informations essentielles.

Quand un enseignant se fait archéologue

La région de Thoune, dans l’Oberland bernois, attirait de nombreux « francs-tireurs de l’archéologie », notamment des enseignants, gardes forestiers et secrétaires communaux, qui réalisaient des découvertes remarquables pendant leur temps libre.

François « Franz » Wuillemin, né à Berlin en 1879 et ayant grandi à Cormondes, est sans doute le plus zélé de ces fouilleurs amateurs. Après avoir obtenu son brevet d’enseignement en 1898, il s’installe à Thoune et prend en charge la classe supérieure de l’école d’Allmendingen en 1906.

Wuillemin, reconnu pour son énergie, collectionnait et documentait ses trouvailles. Son fonds photographique, conservé aux Archives de la Ville de Thoune, témoigne de son travail assidu, comprenant des centaines de clichés de paysages et de découvertes archéologiques.

En 1920, il sécurisa un site près de Thoune-Allmendingen où une gravière avait révélé un poignard en bronze, et il mit au jour deux squelettes, l’un d’un adulte et l’autre d’un enfant.

Le sanctuaire enfoui

La région de Thoune fascine toujours les archéologues en raison de sa position entre le Plateau suisse et les Alpes, où d’importantes voies de communication et d’échange se croisaient déjà à la Préhistoire. Wuillemin explorait des sites entre Thoune et le Simmental, une porte d’accès aux Alpes.

Il se faisait souvent photographier sur une éminence qu’il qualifiait de « pyramide de terre », avec la chaîne du Stockhorn en arrière-plan. Ses découvertes incluent des bijoux en coquilles d’escargots marins, témoignages d’échanges à longue distance.

En 1926, une découverte fortuite d’un agriculteur à Thoune-Allmendingen mena à la réévaluation d’un site romain oublié. Wuillemin reprit les fouilles et mit au jour des vestiges d’un complexe cultuel romain, où les habitants vénéraient des divinités.

Quand des pieux lacustres suscitent l’engouement

Wuillemin continua ses fouilles jusqu’à sa mort en 1956. Son travail a contribué à une époque où l’archéologie était encore dominée par des individus agissant de manière indépendante.

Le tournant dans l’approche archéologique est survenu avec le Code civil suisse de 1912, qui stipule que les découvertes archéologiques appartiennent au canton où elles sont faites, transformant la perception des objets découverts en patrimoine commun.

Aujourd’hui, bien que la réglementation soit plus stricte, les amateurs continuent de jouer un rôle, mais toute fouille nécessite une autorisation.

Malgré les restrictions, des découvertes majeures continuent d’être faites, comme celles réalisées au col du Schnidejoch en 2003, où des objets datant de 4500 ans avant notre ère ont été révélés par la fonte des glaces.

L’archéologie moderne se concentre davantage sur la compréhension des sites dans leur ensemble plutôt que sur des découvertes spectaculaires, une approche qui aurait pu contrarier Wuillemin, dont la passion pour l’exploration était sans limites.

Source : Swissinfo

Source

Comments

No comments yet. Why don’t you start the discussion?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *