France-Maroc en quart de finale, le dilemme des binationaux : « Que la meilleure équipe gagne ! »
« Ce n’est pas rien de voir mes deux pays s’affronter en quart de finale : la France, où je suis né et où je me suis construit, et le Maroc, le pays de mes grands-parents », explique Yanis, étudiant dans l’Orne.

Katelyn Mulcahy – FIFA / FIFA via Getty Images

« Ce n’est pas rien de voir mes deux pays s’affronter en quart de finale : la France, où je suis né et où je me suis construit, et le Maroc, le pays de mes grands-parents », explique Yanis, étudiant dans l’Orne.

EN BREF Le quart de finale France-Maroc suscite des émotions intenses chez les Franco-Marocains, tiraillés entre leurs deux patries.
Certains, comme Amina et Yanis, expriment une préférence pour le Maroc, malgré leur attachement à la France.
Tous espèrent un match respectueux et fair-play, mettant en avant la fraternité entre les deux nations.

« Il y a encore quelque temps, j’aurais dit “que le meilleur gagne”, qu’on “ne choisit pas entre son père et sa mère”. » C’est ainsi qu’Amina résume le dilemme que connaissent de nombreux binationaux lors des grands événements sportifs : qui soutenir ? Comment choisir entre les deux moitiés de son identité ?

Alors que la France et le Maroc s’affrontent ce jeudi lors du quart de finale de la Coupe du monde, les Franco-Marocains seront nombreux à appréhender ce match avec une émotion particulière, tiraillés entre leurs origines marocaines et l’attachement au pays dans lequel ils vivent.

« J’attends la rencontre dans un mélange de stress et d’émotion, confirme Yanis. Ce n’est pas rien de voir mes deux pays s’affronter en quart de finale : la France, où je suis né et où je me suis construit, et le Maroc, le pays de mes grands-parents. »

Une rencontre historique

Quand on demande à l’étudiant dans l’Orne pour quelle équipe son cœur balance, il hésite. « Je n’ai pas forcément de préférence, commence Yanis, mais si j’étais obligé de choisir, je pencherais pour le Maroc, pour qui une qualification en demi-finale serait historique. »

Et pour cause : alors que la France a déjà remporté deux Coupes du monde, le Maroc a échoué en 2022 aux portes de la finale, freiné dans son ascension par la France. Près de quatre ans après cette demi-finale au Qatar, cette nouvelle rencontre entre les Bleus et les Lions de l’Atlas ravive des souvenirs contrastés. « J’étais en vacances au Maroc pour Noël, se souvient Yanis. L’ambiance y était incroyable et même si j’étais heureux de la qualification de la France en finale, je soutenais déjà le Maroc. »

Mohammed, 55 ans, garde lui aussi un souvenir très fort de cette demi-finale. « C’était un moment historique, car voir la France et le Maroc s’affronter à ce niveau de la compétition était quelque chose d’exceptionnel », relate l’Avignonnais. Si, à l’époque, il ne s’était pas résolu à départager les deux équipes, il se range cette fois-ci derrière celle emmenée par le capitaine Achraf Hakimi. « C’est le véritable pilier de cette équipe grâce à son leadership, sa vitesse et son apport offensif », considère Mohammed.

Grande fan de l’équipe de France depuis des années, Amina a elle aussi été conquise par « le jeu et l’esprit collectif » des Lions de l’Atlas lors de la dernière Coupe d’Afrique des nations. « J’ai eu la chance d’assister à plusieurs rencontres à Rabat, où j’ai vécu des moments extraordinaires. La ferveur du peuple marocain m’a vraiment touchée », explique Amina, pour justifier son choix de soutenir le Maroc lors du quart de finale. « Mais ce soir, je me sentirai gagnante quel que soit le pays qui l’emporte », résume-t-elle.

« Ça va être la guerre ! »

L’équipe de France étant l’une des grandes favorites de la compétition, actuellement première au classement de la FIFA, la victoire du Maroc sera loin d’être facile. « L’équipe de France a une attaque d’enfer avec Mbappé, Olise, Dembélé… Elle est ce qui se fait de mieux niveau performances », analyse Rash. Porté par l’envie de voir les Lions de l’Atlas poursuivre leur histoire dans le mondial, le quadragénaire estime qu’ils devront miser sur leurs points forts : leur sens du collectif et leur technicité. « Mais si on sort ce soir, je supporterai évidemment la France, comme je l’ai fait en 2022 », ajoute Rash, qui mise sur une ambiance électrique pendant la rencontre. « Ma femme est française. Elle va porter son maillot bleu, moi mon maillot rouge, ça va être la guerre ! On se réconciliera après en fêtant la victoire d’une des deux équipes », plaisante le Perpignanais.

De son côté, Yanis prévoit de regarder le match à la maison, entouré de sa famille et de ses amis. « Certains supportent la France, d’autres le Maroc, mais ça restera bon enfant. » Son pronostic ? « 1-0 pour le Maroc, après une belle bataille du milieu de terrain », prédit Yanis. Même score avancé par Amina, qui ajoute que la victoire pourrait être arrachée à l’issue d’une séance de tirs au but. « Il ne faut pas oublier qu’on a Bounou, qui est un super gardien », prévient-elle.

« Ça va être un match chaud, mais très respectueux et fair-play », complète Karim, qui suivra l’événement sur le grand écran de la fan zone de Roubaix. Une chose est certaine selon lui : le match n’aura rien à voir avec celui contre le Paraguay, gâché par l’antijeu et les fautes à répétition de l’Albirroja. « Les équipes de France et du Maroc s’estiment et s’apprécient, les joueurs des deux équipes nationales se côtoient dans les différents championnats, ça se verra sur le terrain. »

Au-delà du résultat, tous misent sur « un jeu ouvert » et sur une belle rencontre, sur et en dehors du terrain, qui fera rayonner leur double nationalité. « Peu importe le vainqueur, j’espère que l’on retiendra avant tout la qualité du match, le respect entre les joueurs et l’ambiance fraternelle entre les deux peuples. Ce serait une belle image pour le football et pour les générations qui supportent ces deux équipes », conclut Mohammed.

Source : HuffPost.

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