Tourisme en France : Une stratégie contestée face à l’urgence climatique
La France, première destination touristique mondiale, fait face à des critiques croissantes concernant sa stratégie d’attraction des touristes internationaux non-européens, particulièrement ceux à hauts revenus. Un rapport de Réseau Action Climat met en lumière les implications environnementales de cette politique, affirmant qu’elle contribue significativement à la crise climatique.
Selon ce rapport, le secteur touristique représente 11% des émissions de gaz à effet de serre en France, alors qu’il ne contribue qu’à 3,8% du PIB. Les touristes extra-européens, bien que représentant seulement 2% des visiteurs, sont responsables de 20% des émissions de CO2 liées au tourisme. L’essor du trafic aérien, qui représente 41% des émissions du secteur, est en grande partie responsable de cette disproportion.
Les données révèlent que les touristes français et européens apportent une contribution économique bien plus importante. En effet, les touristes français génèrent 135 milliards d’euros de recettes, tandis que les Européens en rapportent 54 milliards. En comparaison, les visiteurs extra-européens ne contribuent qu’à hauteur de 24 milliards d’euros. Après prise en compte des dépenses des Français à l’étranger, le solde net du tourisme international pour la France est estimé à 20 milliards d’euros, dont 90% proviennent des Européens.
En parallèle, une tendance inquiétante se dessine : la montée en gamme de l’offre touristique. Entre 2019 et 2025, le nombre de chambres d’hôtels de catégorie économique a chuté de 15%, tandis que celles de luxe ont augmenté de 22%. Cette évolution pourrait avoir pour effet de détourner les touristes français vers d’autres destinations, notamment en Europe du Sud, où les prix sont plus compétitifs.
Réseau Action Climat appelle à un changement de stratégie, plaidant pour un développement du tourisme domestique et européen, ainsi qu’une limitation de l’essor du trafic aérien. Le rapport souligne l’urgence de réévaluer les priorités touristiques de la France, notamment en tenant compte des préoccupations environnementales et sociales.
Le gouvernement, de son côté, défend cette approche en mettant en avant les recettes générées par les visiteurs internationaux, qui ont atteint 77,5 milliards d’euros l’an passé, avec un objectif de 100 milliards d’euros d’ici 2030. Le ministre des PME et du tourisme, Serge Papin, souligne également que les touristes internationaux s’intéressent à des activités variées, allant au-delà des grandes villes.
Cette tension entre les objectifs économiques et les impératifs environnementaux soulève des questions cruciales pour l’avenir du tourisme en France.
Source : Réseau Action Climat

