Financement de la Transition Énergétique par Thierry Vincent- Devinci Executive Education

Financement de la Transition Énergétique : Deux Modèles en Concurrence en Europe

Depuis quarante ans, l’Europe est le théâtre d’une concurrence entre deux modèles de financement. Le premier, inspiré du monde anglo-saxon, repose principalement sur les marchés financiers et la titrisation, qui permettent de transférer le risque de financement vers les investisseurs. Le second, hérité du modèle rhénan, s’appuie sur les banques de bilan, qui jouent un rôle d’intermédiaire entre l’épargne collectée localement et les crédits qu’elles conservent à leur bilan, assumant directement le risque associé.

L’ouverture de la France aux outils de marché à partir de 1986 a progressivement déplacé le centre de gravité du financement local vers les marchés financiers. Cette évolution a favorisé les grandes entreprises cotées tout en accentuant la fracture avec l’économie non cotée, régionale et familiale, qui représente pourtant l’essentiel du tissu productif français.

La crise financière de 2008 a accéléré ce mouvement. Conçus pour réduire les risques systémiques, les accords de Bâle III ont créé un avantage compétitif structurel en faveur du financement de marché au détriment des banques de bilan. Ce cadre réglementaire a alourdi le coût des crédits conservés au bilan, réduisant ainsi la capacité des banques à financer les entreprises et les territoires. Les acteurs de marché ont dès lors gagné des parts de marché sur le financement de l’économie européenne.

Derrière un débat technique se joue une véritable guerre économique entre deux modèles : l’un fondé sur l’ancrage territorial et le financement de l’économie réelle, l’autre sur la mobilité des capitaux et les logiques de marché. Cette substitution n’est pas neutre, car elle s’accompagne d’un coût du capital plus élevé, renchérissant les investissements nécessaires à la transition énergétique.

Source : Thierry Vincent – Devinci Executive Education

Source
Leave a Comment

Comments

No comments yet. Why don’t you start the discussion?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *