Fin de vie : La sémantique utilisée dans le texte est porteuse d’une ambiguïté dangereuse
Dans un communiqué de presse daté du 2 juin 2026, la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs a exigé le retrait immédiat du texte relatif à l’aide à mourir. Cette demande survient après le rejet du texte par le Sénat lors de ses deux lectures et l’échec de la commission mixte paritaire. L’organisation estime que confier le dernier mot à la Chambre des députés constituerait un passage en force sur un sujet qui divise profondément la société française.
La rédaction du texte a suscité des inquiétudes parmi les professionnels de la santé et divers acteurs politiques. Ces derniers jugent que la sémantique employée est ambiguë et potentiellement dangereuse. En effet, les parlementaires ont choisi de ne pas mentionner les termes « euthanasie » et « suicide assisté », qui sont pourtant au cœur de leur proposition. Ce débat porte sur une « mort provoquée », un concept que l’écrivain Albert Camus a résumé en soulignant que « mal nommer les choses, c’est ajouter du malheur au monde ».
Le 10 juin, les députés ont adopté un amendement, malgré les réserves du Comité consultatif national d’éthique (CCNE), qui instaure un choix entre euthanasie et suicide assisté. Cet amendement marque une rupture avec le texte initial, qui réservait l’euthanasie aux patients physiquement incapables de réaliser eux-mêmes l’acte létal. Par ailleurs, les critères de souffrance constante et durable, jugés essentiels pour justifier une telle demande, ont été supprimés par la commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale lors de la troisième lecture, ce qui supprime les garde-fous prévus.
Les parlementaires assimilent désormais le geste létal à une option thérapeutique intégrée au code de la santé publique, ce qui soulève des préoccupations éthiques au sein du corps médical. La possibilité de déclencher la mort est considérée comme inconciliable avec le serment d’Hippocrate, qui stipule : « je ne provoquerai jamais la mort ».
Les amendements visant à protéger les personnes vulnérables, notamment les majeurs sous tutelle et les personnes avec des déficiences intellectuelles, ont été écartés. L’absence de protection pour ces groupes soulève des questions éthiques. En effet, il est paradoxal de considérer que ces individus ne peuvent pas accomplir certains actes de la vie courante tout en leur permettant de consentir à une aide à mourir.
Enfin, plusieurs instances, dont le CCNE et le Conseil d’État, ont souligné que le développement des unités de soins palliatifs est un préalable essentiel à toute réflexion sur le droit à mourir. Plus de vingt ans après la loi Leonetti et plus de douze ans après la loi Claeys-Leonetti, vingt départements demeurent dépourvus de ces unités, ce qui entraîne une rupture d’égalité quant à l’accès à un accompagnement de fin de vie.
L’urgence, plutôt que de légiférer rapidement sur l’euthanasie sans un consensus des deux chambres, pourrait être de garantir un accompagnement digne en soins palliatifs à l’échelle nationale.
Source : La Croix
