Ils ont broyé notre fin de vie : résidents en partance et salariées dans l’incertitude

À Signy-le-Petit (Ardennes), la fermeture administrative de l’Ehpad Marie-Blaise bouleverse résidents et salariées. Alors que les départs de pensionnaires se succèdent, la quarantaine de salariées, plongée dans l’incertitude, redoute désormais pour son avenir professionnel.

« Parfois, nous n’avons même pas la possibilité de leur dire au revoir. Nous ne les reverrons peut-être jamais après toutes ces années passées auprès d’eux », se désole Stéphanie, aide-soignante depuis 18 ans à l’Ehpad Marie-Blaise. Depuis l’annonce de la fermeture définitive de cet établissement privé sans but lucratif le 3 juillet dernier, les départs de résidents se multiplient. Sur 52 pensionnaires, sept ont déjà quitté les lieux, et d’autres départs sont prévus à la fin août et début septembre. « Les familles ont entamé leurs recherches, je pense qu’elles ont un peu flippé, c’est logique », témoigne Ilona Giglio, aide-soignante de nuit.

Le 23 juin dernier, la commission de sécurité a rendu un avis défavorable à la continuité d’exploitation du bâtiment de l’Ehpad, selon un communiqué de l’Agence régionale de santé (ARS) du Grand Est et du conseil départemental des Ardennes. Cette décision concerne des aspects organisationnels et techniques, ainsi que la spécificité de l’accueil des personnes âgées dépendantes.

Les salariées de l’établissement ont appris la décision « sur les réseaux sociaux », s’indigne l’élue du personnel. « On ne s’attendait pas à ce que la fermeture tombe d’un coup, que ce soit si brutal », explique-t-elle. Elles auraient préféré être informées en amont pour mieux anticiper la situation. « On aurait pu demander l’annulation de la décision, mais maintenant, avec le nombre de résidents qui sont partis, est-ce que ça serait envisageable ? », s’interroge Ilona Giglio.

Les salariées s’attendaient à un avis défavorable, mais espéraient que des travaux pourraient infléchir la décision. Un problème de sécurité incendie a été soulevé, lié au bâtiment qui est sur trois étages, ainsi qu’une succession de directeurs et gestionnaires. Bien que la rumeur d’une fermeture plane depuis plus de dix ans, la situation actuelle reste alarmante.

Après un mois « sans réponse » depuis l’annonce de la fermeture, le conseil d’administration provisoire évoquerait un éventuel licenciement économique. L’Ehpad Marie-Blaise est le premier employeur de cette commune de 1 213 habitants, et la quarantaine de salariées craint de se retrouver sans emploi. « On a besoin de se projeter, de savoir ce qu’on va devenir », relate la représentante du personnel.

« Mon mal-être est profond, parce qu’au-delà de les voir partir les uns après les autres, je réalise aussi qu’après quatre années passées ici, je vais bientôt me retrouver sans travail », s’alarme Karine, aide-soignante de nuit. Sa consœur Soraya, après 38 ans dans l’établissement, exprime également une inquiétude profonde. « Cet établissement est devenu ma maison et le personnel ma famille. Nous avons créé tellement de liens qu’aujourd’hui, j’ai l’impression de perdre une partie de moi », confie Marie, agente de service hospitalier polyvalente depuis 38 ans.

Les conditions de travail, déjà jugées « délétères », se sont aggravées depuis l’annonce de la fermeture. Ilona Giglio s’inquiète pour la prise en charge des résidents alors que les salariées continuent de travailler dans un climat d’incertitude. « Derrière chaque départ, il y a un résident qui quitte son lieu de vie et des professionnels qui l’ont accompagné pendant des années », souligne Aurore, aide-soignante depuis 20 ans.

Pour l’heure, aucune date de fermeture de l’Ehpad Marie-Blaise n’a été communiquée.

*Prénom modifié pour respecter l’anonymat.

Source : France 3 Régions, communiqué de l’ARS du Grand Est.

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