Vendus comme du CBD légal, certains produits contiennent de puissants cannabinoïdes de synthèse. Crises d’angoisse, hallucinations, comportements suicidaires. Leurs effets psychiques peuvent être brutalement invalidants.
Quelques bouffées, puis le cœur s’emballe. Surviennent des vertiges, une panique incontrôlable, parfois des hallucinations. La personne pensait pourtant avoir acheté du CBD (ou cannabidiol), réputé ne pas provoquer les effets intoxicants du THC. Des molécules de synthèse imitant le tétrahydrocannabinol, responsable au contraire des effets psychotropes, ont pu être pulvérisées sur les fleurs ou introduites dans un e-liquide, sans figurer sur l’étiquette. En juin 2025, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) et l’Anses ont alerté sur une « augmentation significative » des intoxications.
Depuis début 2024, plusieurs centaines d’intoxications ont été signalées aux centres antipoison et d’addictovigilance. « Très souvent, la composition annoncée sur les étiquettes ne correspond pas à la composition réelle du produit acheté », préviennent les deux agences. Une étude menée en 2023 constatait déjà que huit produits sur dix présentaient une teneur en CBD différente de celle indiquée sur l’étiquette.
Bien plus puissants que le THC
« Les cannabinoïdes de synthèse sont des substances chimiques qui imitent les effets du THC », rappelle la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca). Fabriqués en laboratoire, certains agissent sur les récepteurs cérébraux avec une puissance bien supérieure et des effets imprévisibles. « Le CBD en lui-même, quand c’est la substance pure et contrôlée, elle n‘est pas extrêmement dangereuse, expliquait le Dr Jean-Michel Delile, psychiatre addictologue et président de la Fédération Addiction. En revanche, les substances ajoutées « sont beaucoup plus puissantes que le THC lui-même ». La dose étant inconnue, l’intoxication peut survenir en quelques minutes. L’ANSM et l’Anses recensent vomissements, tachycardie et perte de connaissance, mais aussi crises d’angoisse aiguë, agitation avec hallucinations, convulsions, idées ou comportements suicidaires. Ces effets peuvent survenir dès la première prise, que le produit ait été fumé, vapoté ou ingéré.
Des troubles psychiques parfois invalidants
Une crise aiguë ne constitue pas nécessairement un handicap psychique durable. Elle peut néanmoins abolir temporairement le jugement et la capacité à se protéger. Une chute, un accident ou un passage à l’acte peut alors laisser des séquelles. Chez une personne présentant déjà un trouble anxieux, bipolaire ou psychotique, l’intoxication peut également déstabiliser un équilibre fragile. Une hospitalisation et une interruption de la vie sociale, professionnelle ou des études deviennent parfois nécessaires. Le risque ne se limite pas à l’intoxication ponctuelle. Selon l’Agence de l’Union européenne sur les drogues (EUDA), les cannabinoïdes de synthèse sont davantage susceptibles d’entraîner une dépendance que le cannabis et peuvent occasionner un sevrage plus sévère. La répétition des consommations risque ainsi d’accentuer l’isolement, d’aggraver la désinsertion et de compliquer une maladie psychiatrique préexistante. Mais l’impossibilité de connaître précisément la molécule et la dose rend tout consommateur vulnérable.
CBD légal ne signifie pas sans risque
En France, les produits issus de variétés de chanvre autorisées peuvent être commercialisés si leur teneur en THC ne dépasse pas 0,3 %, fleurs et feuilles comprises. La Mildeca indique notamment que le HHC, le HHCO et le HHCP ont été classés stupéfiants en 2023, puis que le H4-CBD, le H2-CBD et d’autres cannabinoïdes ont été ajoutés en 2024. Elle rappelle que le CBD peut être présent dans certains produits, mais que les denrées alimentaires contenant du CBD sont soumises à une réglementation spécifique. Le CBD est considéré dans l’Union européenne comme un « nouvel aliment » (novel food) : sa commercialisation dans des aliments nécessite donc une autorisation préalable. À ce jour, les huiles à ingérer, gummies, gélules, chocolats et autres denrées contenant du CBD ne disposent pas de cette autorisation et ne peuvent donc pas être légalement commercialisés comme aliments en France. Cette réglementation ne signifie pas que le CBD est interdit en général : elle concerne spécifiquement son utilisation comme ingrédient alimentaire.
Par ailleurs, un produit présenté comme produit de bien-être ne peut pas revendiquer d’effet thérapeutique. De telles allégations sont réservées aux produits bénéficiant du statut et des autorisations correspondants, notamment aux médicaments. Car, même conforme, la vigilance est de mise : même lorsqu’il respecte la réglementation, un produit contenant du CBD peut contenir des traces de THC susceptibles de rendre positif un dépistage routier.
Rien à voir avec le cannabis médical
Par ailleurs, le cannabis médical ou thérapeutique ne désigne, quant à lui, ni le CBD en libre accès ni un produit récréatif. Il s’agit de médicaments à composition contrôlée, prescrits et suivis pour quelques indications sévères comme les douleurs neuropathiques réfractaires, certaines épilepsies résistantes ou encore les symptômes rebelles en oncologie. L’expérimentation française lancée en 2021 est fermée aux nouveaux patients depuis mars 2024. Quelques centaines de personnes déjà incluses ont bénéficié d’une continuité de traitement dans l’attente du régime de droit commun.
Ce cadre médical repose précisément sur ce qui manque aux produits frelatés, c’est-à-dire une composition connue, une dose maîtrisée et une surveillance. Face à un effet anormal, il faut cesser la consommation et conserver l’emballage. Perte de connaissance, convulsions, malaise grave ou comportement suicidaire imposent d’appeler le 15 ou le 112. Pour les autres symptômes, l’ANSM recommande de contacter un médecin ou un centre antipoison au 01 45 42 59 59, joignable 24 heures sur 24.
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Source : ANSM, Anses, EUDA.

