Pour s’adapter à la chaleur, faut-il suivre l’exemple de l’Espagne ?

Pour s’adapter à la chaleur, faut-il suivre l’exemple de l’Espagne ?

« Il faut qu’on considère que la France, l’été, ça devient l’Espagne », a déclaré Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail, fin juin. Alors que la France fait face à des épisodes de fortes chaleurs, il propose un voyage d’étude à Madrid en septembre pour s’inspirer des pratiques ibériques en matière d’adaptation.

L’Espagne a réussi à réduire la vulnérabilité de sa population face à la chaleur. Selon Cristina Linares, codirectrice du département sur le changement climatique de l’Institut de santé Carlos III, entre 1983 et 2003, la mortalité liée aux températures élevées augmentait en moyenne de 14 % pour chaque degré au-dessus du seuil de canicule. Depuis 2003, cette surmortalité a chuté à moins de 2 %.

Ces avancées sont attribuées à des politiques de prévention et à des améliorations des services de santé et des infrastructures mises en place depuis trois décennies. Après la canicule de 2003, l’Espagne a instauré un « plan national d’actions préventives contre les effets des températures excessives sur la santé », activé chaque année du 16 mai au 30 septembre. Ce plan classe les vagues de chaleur par niveaux de risque, de 0 à 3, et met en place des alertes pour les populations vulnérables et les services publics.

Dans le secteur du travail, des lois ont été adoptées pour prévenir les risques professionnels liés à la chaleur. En 1997, une législation a introduit des inspections régulières pour garantir le respect des normes de santé au travail. Constanza Vielma, chercheuse à l’Institute for Global Health de Barcelone, souligne que cette loi a renforcé les droits des travailleurs en matière de protection et de formation.

Une étude réalisée entre 1989 et 2019 a révélé que le risque d’accidents du travail lors de jours de chaleur extrême a diminué de 19 % à 13 %. Cette réduction est le résultat d’une meilleure sensibilisation des employeurs et des employés, ainsi que d’une adaptation des pratiques de travail et des horaires.

Les mes espagnoles, souvent plus strictes que celles en France, incluent des « journées intensives » permettant de commencer et de finir le travail plus tôt en période de chaleur. De plus, un « congé climatique » a été instauré après les inondations de Valence en 2024, permettant aux travailleurs de s’absenter sans préavis en cas de recommandations des autorités.

Cependant, des critiques subsistent concernant l’application des règles sur le terrain. Rubén Pinel Ballesteros, syndicaliste, note que bien que le gouvernement avance rapidement sur le plan législatif, l’application reste lente. L’Inspection du travail a annoncé une augmentation significative des interventions liées à la chaleur, passant de 4 600 en 2022 à 10 800 en 2025, ainsi qu’un triplement des amendes infligées aux entreprises.

En 2025, au moins cinq travailleurs sont décédés d’accidents liés à la chaleur, et des lacunes demeurent dans la prise en compte des effets des vagues de chaleur sur la santé, notamment en ce qui concerne la pollution de l’air.

Source : Institut de santé Carlos III.

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