Crédit photo : © Peter Nahum at The Leicester Galleries, London / Bridgeman Images
À Nantes, une exposition retrace l’une des plus vastes persécutions de l’histoire en mettant en avant les ressorts historiques et l’évolution des regards artistiques sur les femmes accusées de sorcellerie.
L’exposition, qui se tient au musée d’Histoire de Nantes jusqu’au 28 juin, explore quatre siècles de persécutions en Europe, ayant fait jusqu’à 90 000 victimes, dont environ 75 % étaient des femmes, selon les estimations les plus pessimistes. La commissaire de l’exposition, Krystel Gualdé, souligne l’importance de dévoiler la « réalité historique qui se cache derrière cet imaginaire que nous connaissons tous ».
Racines antiques
L’exposition remonte à l’Antiquité pour explorer les racines du phénomène, bien avant l’apparition même du mot « sorcier » ou « sorcière » au 12e siècle. Des philosophes comme Platon et Aristote considèrent les femmes comme des hommes inachevés, une vision qui a perduré à travers les siècles. Une amphore représentant Médée rappelle que les sorcières ont également été soupçonnées d’infanticides.
À l’époque, des magiciennes, craintes et vénérées, sont reconnues pour leurs pouvoirs, allant de la composition de philtres à la guérison. La magie et le mysticisme font partie intégrante de la vie quotidienne, en raison d’un manque de connaissances scientifiques.
Spécificité féminine
À partir du 11e siècle, l’Église catholique combat les pratiques qu’elle associe au paganisme, s’attaquant aux sorcières, désignées comme responsables de maux inexplicables tels que les épidémies et les famines. La publication en 1487 du « Malleus Maleficarum » marque un tournant, établissant un cadre pour les crimes de sorcellerie en les associant à une spécificité féminine.
Jusqu’au 15e siècle, la féminisation du crime de sorcellerie n’est pas encore généralisée, comme le montrent des représentations d’hommes initiés. Cependant, des images d’Ève illustrent l’influence de la religion chrétienne sur la perception des femmes, souvent associées aux forces obscures.
Discriminations associées
L’art de l’époque reflète cette panique morale, avec des miniatures et des livres de théologie représentant des femmes avec des balais ou surmontant des animaux. Les scènes de « sabbat » deviennent plus fréquentes, rappelant les persécutions subies par d’autres groupes minorisés, notamment les Juifs.
Les artistes de l’époque utilisent ces représentations pour s’émanciper des normes religieuses, donnant lieu à des œuvres d’Albrecht Dürer et de Hans Baldung Grien, ainsi qu’à des peintures illustrant des réunions démoniaques.
Lutte contre la persécution et réinvention de la figure
Les violences faites aux femmes accusées de sorcellerie ont souvent été dénoncées, mais rarement entendues. Des voix comme celle de Christine de Pisan, philosophe du 15e siècle, se sont élevées contre ces injustices. Au fil du temps, des juridiques, comme le Parlement de Paris, ont commencé à sanctionner les juges qui condamnaient sans preuves. La perception des sorcières évolue, les liant aux premières revendications féministes et les représentant comme des figures fatales et dominatrices.
Sorcières
Château des ducs de Bretagne – Musée d’histoire de Nantes
Jusqu’au 28 juin
https://www.chateaunantes.fr/expositions/sorcieres/
