Sorcières ? Une exposition en Bretagne déconstruit les mythes de la magie au féminin
L’abbaye de Daoulas, située dans le Finistère, accueille jusqu’au 29 novembre l’exposition intitulée « Ma sorcière mal nommée ». Cette initiative vise à explorer la figure de la sorcière, tantôt guérisseuse et pythie, tantôt réprouvée et punie pour collusion avec le diable. Édith Joseph, commissaire de l’exposition, souligne que « le terme a ceci de particulier qu’il est employé par ceux qui désignent et non par celles qui se nomment ».
L’exposition propose aux visiteurs de plonger dans l’univers des jeteuses de sorts, des fées et des chamans, tout en offrant une réflexion sur les enjeux de pouvoir et de liberté qui entourent cette figure complexe.
Une richesse anthropologique
Cette exposition invite à réfléchir sur un phénomène qui remonte à la nuit des temps, connu sous le nom de « sorcière » en Europe occidentale depuis le XVe siècle. Le domaine de Daoulas est reconnu pour ses présentations approfondies qui mêlent cultures et civilisations. Cette année, les visiteurs sont guidés à travers un parcours anthropologique, posant la question : que recouvre la figure de la sorcière ? L’expérience promet de susciter de nombreuses interrogations.
L’ombre de l’Inquisition
Le XVe siècle marque un tournant en Europe, où ce qui était autrefois inexplicable par la volonté divine est désormais attribué à des esprits malveillants. Cette évolution engendre la suspicion et la traque des comportements jugés différents, menant à l’Inquisition et à une chasse aux sorcières qui aurait causé plus de 100 000 procès jusqu’au XVIIIe siècle, avec potentiellement 50 000 victimes.
Sorcières d’ailleurs
L’exposition se penche également sur la notion de sorcière à l’échelle mondiale. Au Bénin, des prêtresses du vaudou jouent un rôle essentiel dans l’équilibre social, tandis qu’en Haïti, elles asnt des relations harmonieuses avec les esprits. D’autres cultures, comme celles du Vietnam, de Mongolie ou du Japon, présentent des figures similaires qui participent à des rituels de guérison et de protection.
Bûchers modernes et art rebelle
Aujourd’hui, en Occident, l’image de la sorcière évolue vers une revendication sociale et politique. Toutefois, des violences persistent, notamment en Inde et en Afrique, où des femmes jugées « différentes » peuvent subir des lynchages. L’exposition présente également des œuvres contemporaines qui interrogent cette thématique, notamment des photographies et des sculptures d’artistes comme Louise Bourgeois et Lidia Kostanek.
Les visiteurs peuvent compléter leur expérience par une promenade dans les jardins médicinaux de l’abbaye, qui abritent une des plus grandes collections de plantes en Europe de l’Ouest.
« Ma sorcière mal nommée. Pouvoir et magie au féminin »
Domaine départemental de l’abbaye de Daoulas, 21 rue de l’église, 29460 Daoulas
Jusqu’au 29 novembre
Source : Connaissance des Arts