Exposition à Paris : au musée Marmottan Monet, un chef-d’œuvre oublié du père de l’impressionnisme révèle toutes ses couleurs
À l’occasion du centenaire de la mort de Claude Monet, le musée Marmottan Monet présente une toile longtemps laissée de côté, qui retrouve aujourd’hui ses teintes lumineuses et la touche délicate du maître de Giverny.
Le métier de restaurateur, souvent méconnu, nécessite des compétences d’enquêteur et une maîtrise parfaite des techniques de conservation. La vie des chefs-d’œuvre repose entre leurs mains, et l’on doit leur des révélations spectaculaires, comme celle dont a bénéficié Charing Cross Bridge, fumées dans le brouillard, impression, une toile de Monet datée de 1902. Ce tableau, comme le phénix, a connu plusieurs vies : il a disparu des regards pour renaître grâce à une restauration récente. Cette œuvre est à (re)découvrir au musée Marmottan Monet.
Une toile qui semblait oubliée
Pour comprendre ce sauvetage, il est essentiel de revenir à l’origine de la toile. Entre 1899 et 1902, Monet séjourne à trois reprises à Londres pour rendre visite à son fils Michel. Depuis sa chambre à l’hôtel Savoy, il est fasciné par la Tamise et ses jeux de lumière, inspirant plus d’une centaine de tableaux, notamment autour du Parlement et du pont de Charing Cross.
Monet reprend le principe de la série, déjà testé avec les Meules (1890) et la Cathédrale de Rouen (1892-1893), capturant les variations de lumière et de couleur à différents moments de la journée. En 1904, la galerie Durand-Ruel à Paris expose trente-sept de ces vues, dont Charing Cross Bridge, fumées dans le brouillard, impression, qui ne trouve cependant pas d’acquéreur. Devenue propriété du fils du peintre en 1926, elle rejoint le musée Marmottan grâce à un legs fait à l’Académie des beaux-arts à la mort de Michel Monet en 1966.
Les ravages du temps et des restaurations antérieures
Le tableau représente probablement un train sur le pont de Charing Cross, entouré de panaches de fumée se mêlant à des nuages. En 1904, une photographie du tableau figure dans le catalogue de l’exposition chez Durand-Ruel. En 1971, il est exposé à Marmottan sans événement majeur. En 2024, il est prêté à la Courtauld Gallery pour une présentation des vues de la Tamise de Monet.
Cependant, Charing Cross Bridge se distingue des autres toiles de la série. Les conservatrices Karen Serres et Sylvie Carlier notent que sa luminosité est absente et que la légèreté habituelle de la touche est introuvable. Un vernis synthétique appliqué dans les années 1970 a probablement rendu la toile illisible.
Une restauration patiente et minutieuse
En mai 2026, la restauration achevée permettra de redécouvrir un tableau aux eaux de la Tamise retrouvant une transparence délicate. Les couleurs vibrantes et les nuances subtiles de Monet seront ainsi mises en lumière. Jusqu’en septembre 2026, le musée Marmottan propose une exposition-dossier sur cette restauration, avant que le tableau ne parte pour l’Orangerie et la Tate Modern dans le cadre de l’exposition « Monet, peindre le temps ».
Accrochage : Charing Cross Bridge, fumées dans le brouillard, impression de Claude Monet
Musée Marmottan Monet
2 rue Louis Boilly, 75016 Paris
Jusqu’au 31 août 2026.
Source : Connaissances des Arts.


