Au musée d’Arts de Nantes, les mondes intimes d’Anne et Patrick Poirier

Au musée d’Arts de Nantes, les mondes intimes d’Anne et Patrick Poirier

Au musée d’Arts de Nantes, l’œuvre La Cité des ombres (2022) d’Anne et Patrick Poirier, artistes nés en 1942, suscite une forte émotion. Cette installation, composée de terres cuites claires et de plumes blanches, évoque une ville dont le plan rappelle la forme d’un cerveau, un motif récurrent dans leur travail. Patrick Poirier, originaire de Nantes, a vécu des événements tragiques durant son enfance, ayant perdu son père dans un bombardement en 1943.

L’exposition, qui inclut quatre vitrines d’archives, retrace des souvenirs personnels et familiaux, notamment l’enfance nantaise de Patrick et la mémoire de leur fils, Alain-Guillaume, décédé à 33 ans. Marie Dupas, commissaire de l’exposition, souligne que l’œuvre rend hommage à toutes les victimes des conflits passés et présents.

La Cité des ombres est née d’un rêve d’Anne Poirier, où elle se retrouve dans une cité blanche, vide de toute présence. Cette vision a inspiré le couple à créer une version monumentale de l’œuvre, qui investit tout le patio du musée.

Une composition musicale d’Éric Tanguy, jouée toutes les 30 minutes, ajoute une dimension sonore à l’expérience. Elle s’inspire de souvenirs musicaux du couple, renforçant l’atmosphère poignante de l’exposition.

Les Poirier explorent depuis des décennies les thèmes des ruines et de la mémoire, à travers des sculptures et des installations qui interrogent la fragilité des cultures face aux catastrophes. Leur série Lambeaux de rêve et de mémoire (2026) réinvente des paysages marqués par la destruction, abordant des sujets tels que le passage du temps et la perte du patrimoine.

Le parcours se poursuit dans la chapelle de l’Oratoire, où l’œuvre L’Incendie de la grande bibliothèque (1976) évoque la destruction de connaissances. Un texte en lettres d’or remet en question l’orgueil humain de conserver le savoir dans un lieu unique.

L’autre pièce majeure, Danger Zone (2001), représente un paysage dystopique, soulignant une observation fine du monde contemporain. La bande-son, composée par leur fils, accompagne les visiteurs tout au long de ce parcours émouvant.

L’exposition Odyssée de l’oubli se déroule du 22 mai au 30 août 2026 au musée d’Arts de Nantes, situé au 10 Rue Georges Clemenceau, 44000 Nantes.

Source : Beaux Arts Magazine

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