À Draguignan, une vaste exposition révèle plus de 200 trésors méconnus des Andes
Le titre de l’exposition « Inca. L’héritage sacré des Andes » peut paraître accrocheur, mais il semble réducteur face à l’ampleur des œuvres présentées à l’Hôtel départemental des expositions du Var, qui se poursuivra jusqu’au 27 septembre.
Cette exposition, s’appuyant sur le musée Larco et le musée d’Art de Lima, rassemble plus de 230 œuvres issues des cultures Chavín, Nazca, Mochica, Huari et Chimú, antérieures à l’ère Inca (XVe et XVIe siècles). Sur trois étages, le parcours thématique évoque la nature sacrée à travers des objets funéraires représentant les créatures et divinités des montagnes, des océans et des forêts. Il aborde ensuite le pouvoir, avec une évocation des géoglyphes de Nazca et des rituels sacrificiels. Au troisième niveau, l’architecture et les divinités incas, centrées autour du Sapa Inca, fils du Soleil, sont mises en avant. L’exposition se termine par des vitrines ornées de parures en or et en argent, comprenant des ornements de nez, appelés nariguera.
Trois mille ans de sacré
Chronologique et thématique, l’exposition couvre un vaste territoire allant de l’Équateur au sud du Chili et une période de trois mille ans, des civilisations pré-incaïques jusqu’à l’invasion espagnole au XVIe siècle. La commissaire Carole Fraresso souligne que pour ces sociétés, la sacralité ne se limitait pas à une religion au sens occidental, mais représentait un réseau dynamique où la nature, les hommes, les ancêtres et les dieux cohabitaient en parfaite interdépendance.
Le monde, la nature, l’homme
Le parcours débute par l’importance de l’énergie sacrée qui anime les civilisations andines. De nombreux vases illustrent les éléments essentiels de la nature, intégrant des ressources comme le piment, le maïs et les poissons des lacs ou de la mer. Des symboles des trois mondes superposés sont également présents : l’oiseau pour le Hanan Pacha (le monde d’en haut), le félin pour le Kay Pacha (le monde présent) et le serpent pour l’Uku Pacha (le monde d’en bas).
Des formes étonnantes
L’exposition présente des objets aux formes surprenantes, comme des céramiques à anse en étrier représentant un dragon andin ou des tubercules de pommes de terre. Une tunique, exposée pour la première fois en dehors du Pérou, arbore des motifs de pelage de jaguar. Une jarre Chimú montre un homme mastiquant des feuilles de coca, tandis qu’un plat cérémoniel évoque un contorsionniste en transe.
En avant la musique !
Pour renforcer la pédagogie, certains motifs de vases sont agrandis sur les murs, permettant aux visiteurs de mieux comprendre des scènes complexes de sacrifice, de danse ou de musique. Par exemple, un tambour cérémoniel Nazca, aux couleurs vives, illustre des tatouages de chamane, représentant des félins, des serpents et des étoiles symbolisant le cactus de San Pedro.
De rares portraits
Des bouteilles en céramique de la civilisation Mochica offrent des portraits individualisés de guerriers et de prêtres, tandis qu’un vase-portrait de la culture Tiahuanaco, provenant de la région du lac Titicaca, dépeint un seigneur avec un chapeau circulaire et des boucles d’oreilles, affichant un réalisme saisissant.
Parures de nez
L’exposition se termine par des vitrines d’ornements métalliques, soulignant l’identité divine des chefs, avec des couronnes, des boucles d’oreilles et des plastrons, ainsi que des parures de nez qui protégeaient contre les mauvais esprits. Ces nariguera transformaient la voix de leur utilisateur et produisaient des tintements grâce aux feuilles d’argent qui y étaient accrochées.
« Inca. L’héritage sacré des Andes »Hôtel départemental des expositions du Var, 1 Bd Maréchal Foch, 83300 DraguignanJusqu’au 27 septembre
Source : Connaissance des Arts