Lost City : la cité sous-marine des origines de la vie menacée par l’exploitation minière
Une cité engloutie vieille de plus de 120 000 ans, connue sous le nom de Lost City, pourrait devenir l’une des premières victimes de l’exploitation minière des grands fonds. Située à 800 mètres de profondeur le long de la ride médio-atlantique, cette formation géologique a été découverte par des chercheurs en 2000. Elle est considérée comme un site crucial pour comprendre les conditions ayant permis l’émergence de la vie sur Terre.
L’Autorité internationale des fonds marins a accordé plusieurs licences d’exploration autour du champ hydrothermal de Lost City, notamment à des entreprises polonaises. Les scientifiques s’inquiètent de l’intégrité d’un site qui pourrait offrir des analogies précieuses avec les environnements où la vie aurait pu apparaître.
Lost City est caractérisée par des structures monolithiques de calcaire blanc, dont la plus grande, baptisée Poseidon, me plus de 60 mètres de hauteur. Ces formations se distinguent des “fumeurs noirs” classiques, qui sont acides et chargés de sulfures toxiques. Au contraire, Lost City fonctionne grâce à un processus de serpentinisation, où l’eau de mer réagit avec la péridotite, une roche du manteau terrestre, produisant des fluides alcalins à des températures variant entre 40 °C et 90 °C.
Ce milieu hydrothermal alcalin est considéré par certains chercheurs comme similaire à celui dans lequel la vie aurait pu apparaître il y a près de quatre milliards d’années. Le professeur David Edward Johnson déclare que “ce système hydrothermal constitue donc un biotope remarquable et l’un des sites scientifiques abyssaux les plus importants au monde”.
La NASA s’intéresse à Lost City
Ce site suscite également l’intérêt de la NASA et de l’ESA (Agence spatiale européenne), car le phénomène de serpentinisation est suspecté de se produire sous la croûte de glace d’Encelade et d’Europe, deux lunes de Saturne et Jupiter respectivement. L’analyse de la chimie de Lost City pourrait aider à développer des outils pour détecter la vie extraterrestre.
Risques liés à l’exploitation minière
Cependant, Lost City est entourée de ressources minières telles que le cuivre, le zinc, l’or et l’argent. Si l’exploitation commerciale venait à être autorisée, plusieurs risques ont été identifiés :
- Panaches de sédiments : Le broyage mécanique des fonds marins pourrait créer des nuages de poussière transportés par les courants, obstruant les cheminées actives.
- Toxicité chimique : Les tests de forage pourraient libérer des métaux lourds et des composés sulfurés, affectant l’écosystème microbien unique de la région.
- Pollution sonore et lumineuse : L’activité des robots sous-marins pourrait perturber la faune locale, notamment les crabes et les crevettes aveugles.
Inquiétudes scientifiques
Lost City représente un dilemme : d’une part, elle offre une occasion unique d’étudier l’origine de la vie, d’autre part, la pression économique pousse vers une exploitation minière dont les conséquences environnementales demeurent incertaines. Le professeur Johnson souligne l’importance de ces sites pour le patrimoine commun de l’humanité, affirmant que toute exploitation humaine serait inacceptable.
Les scientifiques s’interrogent sur la manière d’exploiter les ressources des grands fonds sans compromettre des écosystèmes d’une valeur scientifique inestimable.
Source : Les Numériques
