Récentes évolutions de la question kurde en Turquie et en Syrie
Au cours des dernières semaines, des évolutions significatives ont modifié les paramètres politiques de la question kurde en Turquie et en Syrie. Ces processus différenciés renvoient aux spécificités nationales des pays concernés et illustrent la séparation du peuple kurde au sein de quatre États du Moyen-Orient – Turquie, Syrie, Irak, Iran – qui a engendré des modes de socialisation et de mobilisation politiques variés.
Significatives avancées en Turquie
En Turquie, un processus a été engagé à l’automne 2024 lorsque le dirigeant d’un parti d’extrême droite nationaliste, connu pour son intransigeance envers la question kurde, a proposé que le chef du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), emprisonné depuis 1999, puisse s’expliquer devant le parlement turc. Rapidement, le 25 février 2025, Abdullah Öcalan a publié un appel intitulé Appel pour la paix et une société démocratique. Cette déclaration marque une rupture avec les revendications historiques du PKK, abandonne l’idée d’un État séparé et appelle à l’autodissolution du PKK.
Le 12 mai 2025, le PKK a voté son autodissolution, une décision importante après des décennies de conflit. En juillet 2025, une cérémonie symbolique de destruction d’armes a eu lieu dans les montagnes du Kurdistan d’Irak. Une « Commission parlementaire pour la solidarité nationale, la fraternité et la démocratie » a été créée, et ses propositions ont été adoptées par le parlement en août 2026.
Bien que le terme d’amnistie ne soit pas mentionné, des milliers de prisonniers politiques pourraient bénéficier de mes favorables, et les prisonniers condamnés pour appartenance au PKK pourraient voir leur peine suspendue pour cinq à dix ans. Abdullah Öcalan a déclaré que « une route de mille kilomètres commence par un premier pas ».
Nouvelle séquence en Syrie
En Syrie, la dynamique est différente. Au cours de la guerre civile (2011-2014), la région du Rojava s’est autonomisée, dirigée par les Forces démocratiques syriennes (FDS), où le PKK a joué un rôle central. La chute de Bachar Al-Assad en décembre 2024 a conduit les nouveaux dirigeants de Damas à vouloir rétablir l’unité du pays, mettant ainsi fin au statut d’autonomie du Rojava.
Une offensive militaire a été lancée début 2026, et un protocole d’accord a été signé le 30 janvier 2026, très favorable au gouvernement de Damas. Ce protocole enterre toute perspective d’autonomie kurde dans le Rojava et intègre les institutions kurdes à l’appareil d’État syrien. Le kurde est reconnu comme langue nationale, et la nationalité syrienne sera accordée à tous les citoyens d’origine kurde.
Enseignements de ces évolutions
Ces récents développements soulignent l’échec du choix de la lutte armée initié par le PKK et ouvrent la voie à une intégration politique potentielle des revendications kurdes. Néanmoins, des divergences demeurent au sein du mouvement national kurde sur la question de l’État et des droits démocratiques. La nécessité d’une émancipation citoyenne et d’alliances avec d’autres mouvements politiques sera cruciale pour l’avenir du peuple kurde.
Source : Didier Billion, Comprendre la question kurde, à paraître le 9 septembre 2026 aux éditions Armand Colin.

