Adoptée en Éthiopie : « On a réécrit mon histoire »
Julie Sara Foulon, adoptée d’Éthiopie à l’âge de six ans, a vécu avec une histoire familiale en décalage avec ses souvenirs. On lui avait affirmé que sa mère était décédée, mais elle découvre des années plus tard qu’elle est toujours en vie.
Julie Sara Foulon est réalisatrice et fondatrice du Collectif Adoptions Justice et Réparation. Adoptée en France en 2003 par l’intermédiaire de l’association Les Enfants de la Reine de Miséricorde, elle a partagé son parcours dans le livre Sarah et Tsonga, publié en 2020. Elle a également déposé plainte contre l’association pour « abus de confiance », « escroquerie » et « provocation à l’abandon d’enfants ».
Le mensonge d’une mère déclarée morte
Lors de son adoption, Julie et sa petite sœur se retrouvent dans une situation qu’elles ne comprennent pas. Les adoptions éthiopiennes nécessitant que les deux parents soient décédés, on lui demande de déclarer sa mère morte, alors qu’elle sait qu’elle est vivante. Julie déclare : « Je trouve ça quand même assez abominable, parce que c’est un secret très lourd, surtout quand on a six ans ». Sa mère biologique, retrouvée plus tard, n’avait jamais consenti à cette déclaration.
Le poids du silence et le déracinement
Julie garde ce secret pendant trois ans, jusqu’à ce qu’elle l’évoque à neuf ans lors d’une dispute avec sa mère adoptive. Cette révélation complique durablement leur relation, entraînant une tentative de suicide à l’adolescence et une rupture des liens familiaux. Elle confie : « Je me sentais complètement incomprise ». En écrivant son livre, elle comprend que son mal-être provient d’un système d’adoption internationale défaillant, marqué par des mensonges et des dossiers falsifiés.
Des retrouvailles à la lutte collective
En 2017, Julie reçoit un message d’une inconnue lui annonçant que sa mère biologique est vivante en Éthiopie. Après plusieurs échanges, elle réussit à la retrouver par visioconférence. Cependant, il lui faudra attendre 2025 pour se rendre sur place et renouer avec sa famille. Avec d’autres adoptés, elle porte plainte contre l’association responsable de son adoption et fonde le Collectif Adoptions Justice et Réparation. Elle exige des excuses officielles de l’État éthiopien et de la France, ainsi qu’une meilleure prise en charge des adoptés dans leur quête d’origines.
Source : RFI

