Ça va beaucoup trop vite : enquête sur l’érosion spectaculaire des Alpes
Les Alpes, souvent perçues comme des paysages immuables, subissent une érosion alarmante. Une enquête menée par « L’Œil du 20 Heures » révèle que des pans entiers de montagnes deviennent instables, rendant les sentiers de randonnée et d’alpinisme de plus en plus dangereux. Actuellement, un tiers des parcours les plus emblématiques ne sont plus accessibles.
Avec le changement climatique, les Alpes se réchauffent à un rythme deux fois plus rapide que la moyenne mondiale, entraînant la dégradation rapide des glaciers. Dans le Massif du Mont Blanc, considéré comme un sanctuaire pour les alpinistes, cette transformation est particulièrement visible. Xavier Cailhol, glaciologue et guide de haute montagne, observe la situation de près, utilisant des capteurs installés dans les glaciers pour surveiller leur évolution.
Au cours des 70 dernières années, le glacier Mallory, par exemple, a perdu plus de 30 mètres d’épaisseur, une perte significative à près de 4 000 mètres d’altitude. Ce phénomène est si rapide que les scientifiques peinent à suivre les changements. Cailhol souligne que « pour l’ensemble de la montagne, ça va beaucoup trop vite pour qu’on arrive vraiment à suivre tous ces changements ».
L’érosion ne touche pas seulement la glace visible. Le permafrost, qui maintient les rochers, est également affecté. Sur l’Arête des Cosmiques, une voie d’accès au sommet du Mont Blanc, des éboulements fréquents ont conduit les compagnies de guides à interdire son accès durant l’été. En 2022, un éboulement majeur a eu lieu, et des événements similaires se sont produits aux Drus, un autre sommet emblématique.
Pour anticiper les dangers, Cailhol utilise des drones pour cartographier les parois rocheuses. Ces images permettent de détecter les changements et d’informer les randonneurs des zones à risque. En outre, le glacier des Bossons, autrefois un site d’entraînement pour les alpinistes, a reculé d’un kilomètre en un siècle, rendant son accès impossible.
Une étude récente a évalué l’état des 100 voies d’alpinisme les plus réputées autour du Mont Blanc. Actuellement, seulement un tiers de ces itinéraires reste praticable, un autre tiers a été modifié de manière significative, tandis que le dernier tiers est devenu inaccessible, avec trois itinéraires ayant complètement disparu.
Cette situation met en lumière l’impact direct du réchauffement climatique sur les écosystèmes montagnards et soulève des questions sur l’avenir de l’alpinisme dans cette région iconique.
Source principale : L’Œil du 20 Heures
