Entre pétro-Etats et électro-Etats, cette frontière qui n’en est pas une

Entre Pétro-Etats et Électro-Etats : Une Frontière Illusoire

La dichotomie entre les « pétro-Etats » et les « électro-Etats » se renforce dans le débat mondial sur l’énergie. D’un côté, les États pétroliers, avec l’Amérique de Donald Trump en tête, continuent de s’appuyer sur leurs hydrocarbures. De l’autre, la Chine, désormais qualifiée de « premier électro-Etat de l’histoire », mise sur l’électricité comme levier de puissance. Cependant, cette taxinomie semble simpliste face à la complexité du réel.

Les commandes de GE Vernova, leader mondial des turbines à gaz, illustrent cette réalité. Avec 100 gigawatts réservés jusqu’en 2030, cette demande accrue s’explique par un choc de demande électrique aux États-Unis, stimulé par les centres de données liés à l’intelligence artificielle. Le gaz, longtemps perçu comme un simple combustible fossile, se transforme en un outil de flexibilité, notamment au Texas, où la capacité solaire a doublé par rapport à la Californie en 2025.

La question cruciale n’est pas tant de savoir qui est pétro ou électro, mais qui électrifie et comment. La Chine électrifie par une stratégie industrielle, atteignant plus de 27 % de sa consommation finale d’énergie, tandis que les États-Unis s’adaptent à la demande, de manière disparate. En Europe, malgré une décarbonation réussie, le taux d’électrification stagne autour de 20 %, selon l’Agence internationale de l’énergie.

Des Électrons Européens Sans Emploi

Sur le continent européen, ce déséquilibre pose des enjeux politico-économiques. Des surplus d’électricité non consommée entraînent des désordres sur le marché. La récente réunion à Paris entre la ministre de l’Énergie, Maud Bregeon, et ses homologues espagnol et portugais a souligné la nécessité d’améliorer les interconnexions, notamment vis-à-vis d’une péninsule ibérique saturée de solaire.

La France, en particulier, se trouve en première ligne de ce désordre, avec des prix négatifs atteignant jusqu’à -498 euros le mégawattheure. Cette situation résulte d’une demande atone et d’une gestion inefficace de l’offre, où le nucléaire, bien que crucial, ne peut pas combler tous les besoins, notamment lors des périodes de canicule.

En conclusion, le véritable clivage ne réside pas entre les États producteurs de pétrole et ceux de l’électricité, mais entre ceux qui électrifient leur demande et ceux qui ne font que décarboner leur offre. La Chine a fait un choix stratégique; les États-Unis s’adaptent aux besoins du marché, tandis que l’Europe, en dépit de ses efforts, peine à trouver des solutions durables pour ses surplus d’électricité.

Source : L’Express

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