Témoignages. « Je n’ai plus de jus » : la fin de carrière des enseignants, entre fatigue et désillusion

« Je n’ai plus de jus » : la fin de carrière des enseignants, entre fatigue et désillusion

Les cartables sont rangés, les salles de classe se vident peu à peu et les derniers conseils de classe sont derrière eux. Pour de nombreux enseignants, cette fin d’année marque le début des vacances d’été. Pour d’autres, elle symbolise la fin d’une carrière et le début d’une nouvelle vie, souvent perçue comme une libération. Pantxica Largounez, enseignante de CE1 dans les Pyrénées-Atlantiques, témoigne : « Je n’ai plus de jus, ce métier m’a épuisé. » Après plus de 30 ans passés dans l’Éducation nationale, elle est en mi-temps thérapeutique à quelques mois de la retraite, expliquant qu’elle ne parvient plus à gérer les nouveaux élèves, la masse de travail croissante et les exigences administratives.

À partir de 50 ans, le quotidien des professeurs en France peut se transformer en un véritable parcours semé d’embûches. La récupération devient plus lente, le bruit plus pesant, et l’adaptation aux nouvelles technologies, difficile. Élise Rolland, collègue de Pantxica, résume : « C’est un travail où votre cerveau ne peut jamais se reposer. » Cette fatigue est corroborée par des données de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) : 18 % des enseignants se disent en stress très élevé au travail, tandis que 17 % connaissent un épisode de burn-out.

Le métier d’enseignant a évolué ces dernières années, intégrant de nombreuses missions périphériques, telles que la gestion administrative, le suivi individualisé des élèves et les relations parfois conflictuelles avec les familles. Pantxica Largounez regrette : « On est submergé et on n’a plus le temps de penser à notre pédagogie. » Daniel Edin, 61 ans et récemment retraité, abonde dans ce sens : « Tout ce qu’on nous demande, c’est bien joli sur le papier, mais on n’a pas les moyens d’y arriver. »

Cette évolution du métier est perçue comme un manque de reconnaissance des compétences acquises par les enseignants. Daniel Edin se souvient d’un temps où il pouvait innover et créer un environnement enrichissant pour les élèves. Aujourd’hui, la pression constante et les exigences administratives restreignent cette liberté. Véronique Chevalier, enseignante dans un collège à Fismes, exprime son inquiétude : « Ce qui me pèse, c’est de savoir que je n’ai peut-être pas fait tout ce qu’il fallait pour aider mes élèves. »

Face à cette situation, l’objectif pour de nombreux enseignants en fin de carrière devient de « tenir en santé » jusqu’à la retraite. Certains optent pour un temps partiel comme « stratégie pour survivre », tandis que d’autres envisagent une retraite progressive, bien que ce mécanisme ne soit pas encore généralisé. Jean-Rémi Girard, président du Syndicat national des lycées et collèges (SNALC), souligne que l’Éducation nationale peine à remplacer toutes les absences, ce qui complique la question des départs anticipés.

Malgré ces défis, les enseignants restent attachés à leur vocation. Martine Raux, enseignante d’anglais à la retraite depuis 2025, se souvient : « Ce qui m’a donné de la force jusqu’au bout, c’est les élèves et leur envie de faire. » Elle a choisi de s’arrêter lorsqu’elle a senti avoir accompli sa mission, soulignant l’importance de quitter le métier tant qu’on en aime encore l’essence.

(*) Enquête de l’Organisation de coopération et de développement économiques en 2018.

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