« Elles ont été achetées à 197.000 Fcfa » : Comment les enquêteurs ont fait tomber une nouvelle mafia du sexe

Elles ont été achetées à 197.000 FCFA : Comment les enquêteurs ont fait tomber une nouvelle mafia du sexe

La Division nationale de lutte contre la traite des personnes (DNLT) a démantelé un réseau de proxénétisme à Kharakhéna, exploitant des jeunes Nigérianes. Quatre jeunes filles, dont deux mineures, ont été secourues, révélant un système de dette et d’exploitation alarmant.

Par une opération ciblée, la DNLT a mis fin à un réseau présumé de proxénétisme et de traite de jeunes Nigérianes à Kharakhéna. Ce système impliquait des mineures et de très jeunes femmes, « achetées », convoyées et exploitées sous une dette imposée.

L’opération a débuté le 21 juin, lorsque l’antenne régionale de la DNLT à Kédougou a reçu un renseignement selon lequel des jeunes filles en provenance du Nigéria étaient hébergées dans une maison à Kharakhéna et contraintes à la prostitution. Elles reversaient une grande partie de leurs revenus à une femme identifiée comme Chukwujekwu Abugu, alias « Angel », qui gérait l’endroit. L’argent était destiné à « rembourser » les frais de voyage engagés pour leur acheminement vers le Sénégal. Ce système était organisé autour de la dette, de la contrainte économique et de la circulation clandestine.

Lors de l’intervention, les enquêteurs ont arrêté la principale suspecte ainsi que quatre jeunes filles nigérianes. Deux d’entre elles, âgées de 17 ans, ont été identifiées sous les initiales C. Eke et A. Raphaël. Les autres, C. Eze et E. James, ont déclaré avoir été convoyées du Nigéria vers le Sénégal, où elles ont été placées sous la responsabilité de Chukwujekwu Abugu.

Les auditions ont révélé un schéma similaire : à leur arrivée, les victimes étaient logées dans des chambres mises à disposition pour exercer une activité prostitutionnelle, tout en étant contraintes de verser des sommes importantes à leur « gestionnaire ». Chaque fille devait rembourser jusqu’à 1.500.000 FCFA pour les frais de convoyage, ainsi qu’une somme quotidienne de 1.500 FCFA pour la location des chambres. Les deux mineures avaient été introduites dans ce circuit par des intermédiaires appelés « Princess » et « Ijoma ».

L’enquête a mis en lumière un réseau transfrontalier structuré. Chukwujekwu Abugu a reconnu avoir convoyé deux des jeunes filles depuis le Nigéria et avoir acquis l’une d’elles pour 197.000 FCFA. Les investigations ont révélé une chaîne de complicité s’étendant sur plusieurs pays, avec des recruteurs et des intermédiaires facilitant le passage clandestin.

À l’issue de l’enquête, Chukwujekwu Abugu a été déférée au parquet, poursuivie pour association de malfaiteurs, complicité de faux, proxénétisme et traite de personnes. Les quatre jeunes filles, considérées comme victimes présumées, ont été prises en charge et placées au centre d’accueil de l’ONG La Lumière de Kédougou. Cette affaire met en évidence la complexité des circuits de traite humaine opérant dans la sous-région, impliquant recrutement, falsification de documents et exploitation sous dette.

Source : DNLT.

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