Près de 2000 enfants placés par Terre des hommes utilisés comme cobayes
Selon le média alémanique « Beobachter », près de 2000 enfants placés par l’organisation Terre des hommes entre 1964 et 1979 auraient été utilisés comme cobayes. Initialement, l’affaire n’a pas suscité d’écho en Suisse romande, mais elle prend aujourd’hui une ampleur significative, entraînant des réactions politiques au niveau fédéral et cantonal.
L’enquête publiée par « Beobachter » au printemps et reprise par le Temps met en lumière un triple scandale. D’après ces révélations, près de 2000 enfants destinés à l’adoption auraient été placés en quarantaine dans des hôpitaux à leur arrivée en Suisse, une pratique jugée illégale, car elle n’aurait pas reçu l’aval des médecins cantonaux compétents. De plus, ces mes de quarantaine auraient servi de prétexte à des examens médicaux injustifiés, transformant ces enfants en cobayes pour des tests sur des antibiotiques, incluant des prélèvements de sang et de suc gastrique.
En outre, l’organisation aurait confié près de 6000 enfants souffrant de malformations cardiaques au chirurgien Charles Hahn, opérant à l’Hôpital cantonal genevois. Ce dernier aurait utilisé ces enfants pour perfectionner ses opérations à cœur ouvert, entraînant une mortalité dramatique, avec six décès enregistrés rien qu’à l’été 1979.
Cette enquête, diffusée en avril, a mis du temps à trouver un écho dans la presse et sur la scène politique, certains élus n’ayant pas été informés de l’affaire. Toutefois, la conseillère nationale saint-galloise Barbara Gysi a déposé une interpellation sur ce dossier, questionnant le Conseil fédéral sur les recherches possibles et les réparations envisageables. Le Conseil fédéral doit répondre lors de la prochaine session d’automne, en septembre.
D’autres élus, comme la socialiste valaisanne Paola Riva Gapany et le socialiste genevois Matthieu Jotterand, ainsi que la Vaudoise Orianne Sarrasin, travaillent également sur des interpellations pour déterminer si leurs cantons avaient connaissance de ces pratiques et sur l’accessibilité des archives de cette période.
Contactés, les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) ont indiqué leur volonté de collaborer avec les autorités pour faire toute la lumière sur ces pratiques anciennes.
Barbara Hintermann, directrice de la Fondation Terre des hommes, a déclaré prendre ces accusations très au sérieux. Elle a exprimé sa compassion envers les personnes affectées et a précisé que des recherches seraient menées dans les archives de l’organisation pour éclaircir les faits. Elle a également souligné que l’organisation n’avait pas connaissance des expérimentations médicales, bien que les quarantaines aient été reconnues.
Source : Mathilde Salamin/asch, « Beobachter »
