Énergie solaire sur les rails: premiers résultats positifs en Suisse
des panneaux solaires entre les voies
La centrale solaire ferroviaire de Sun-Ways a été inaugurée le 24 avril 2025 à Buttes, dans le canton de Neuchâtel. Keystone / Jean-Christophe Bott

En Suisse, la première centrale solaire amovible installée le long d’une voie ferrée est en service. Un peu plus d’un an après le lancement du projet pilote, son concepteur dresse un bilan positif. L’innovation suscite déjà l’intérêt en Italie, en France et en Asie.

<div class="article-meta-row spacious"> <p> <span class="article-datedatetime" datetime="2026-06-24T14:59:49+02:00"> 24 juin 2026 - 14:59 </time> </p></div> <p>«Nous avons atteint nos objectifs, tant en matière de sécurité ferroviaire que de production électrique», affirme à Swissinfo Joseph Scuderi, fondateur de la start-up Sun-Ways. Plus de 11’000 trains ont circulé au-dessus des panneaux solaires. L’installation s’est révélée «parfaitement stable et sûre à leur passage», souligne-t-il.</p> <p>En avril 2025, Sun-Ways a posé des modules solaires sur un tronçon de cent mètres à Buttes, village du canton de Neuchâtel, en Suisse occidentale. Les cellules photovoltaïques sont installées entre les rails, sur les traverses. Leur particularité: elles peuvent être facilement retirées en cas de maintenance de l’infrastructure. Il s’agit d’une première mondiale.</p> <h2 class="wp-block-heading" id="h-des-panneaux-nettoyes-par-le-passage-des-trains">Des panneaux nettoyés par le passage des trains</h2> <p>Le courant produit est injecté dans le réseau électrique local. Malgré un arrêt d’environ un mois – dû à la neige et surtout à des travaux techniques déjà planifiés – la centrale a généré plus de 16’000 kilowattheures (kWh) depuis le 20 mai 2025. Cela correspond à la consommation annuelle moyenne de trois à quatre ménages.</p> <p>Selon Sun-Ways, les quelque 5’320 kilomètres du réseau ferroviaire suisse – hors tunnels et zones peu ensoleillées – pourraient produire jusqu’à un milliard de kWh par an. Soit l’équivalent de la consommation de 300’000 ménages, ou 2% de l’électricité utilisée en Suisse.</p> <p>Joseph Scuderi dit avoir résolu la question du nettoyage des panneaux. Au départ, il envisageait d’éliminer la poussière à l’aide d’une brosse cylindrique fixée à l’arrière des trains. «Nous avons toutefois constaté qu’à chaque passage, le mouvement d’air balaie la poussière», explique-t-il. Sur ce tronçon, les trains circulent jusqu’à 90 km/h.</p> <p>Autre point positif: la facilité de retrait des modules. Grâce à des outils spécifiques, un élément composé de trois panneaux, long de six mètres, peut être détaché des rails et déconnecté du réseau en une dizaine de minutes. «C’est essentiel lorsqu’il faut remplacer une traverse ou effectuer des soudures sur les rails», précise-t-il.</p> <h2 class="wp-block-heading" id="h-aucun-conflit-avec-la-circulation-ferroviaire">Aucun conflit avec la circulation ferroviaire</h2> <p>TransN, l’entreprise de transports publics du canton de Neuchâtel qui exploite la ligne de Buttes, confirme que le dispositif n’a pas perturbé l’exploitation. «Aucun conflit n’a été constaté avec l’infrastructure, la maintenance ou la circulation des trains», écrit sa porte-parole Aline Odot dans un courriel à Swissinfo.</p> <p>Le risque d’éblouissement des conducteurs, souvent mentionné parmi les inconvénients potentiels, ne s’est pas vérifié. TransN indique n’avoir reçu aucun signalement de son personnel.</p> <p>Les CFF, qui gèrent la majeure partie du réseau national, suivent le projet sans y être associés. Ils prévoient d’installer des panneaux photovoltaïques non pas entre les rails, mais sur leurs bâtiments et surfaces, comme les gares, les parois antibruit ou les centres de maintenance.</p> <h2 class="wp-block-heading" id="h-un-interet-en-france-et-en-italie">Un intérêt en France et en Italie</h2> <p>La centrale solaire ferroviaire de Sun-Ways bénéficie du soutien de l’Agence suisse pour la promotion de l’innovation et suscite un vif intérêt à l’étranger.</p> <p>En février, la compagnie nationale française SNCF a annoncé la signature d’un accord de collaboration technique avec la start-up suisse. Elle pourra ainsi accéder à des données, aux retours d’expérience et à l’évaluation technologique développée par Sun-Ways, précise-t-elle dans un communiqué. L’objectif est d’étudier l’impact de ce type d’installation sur les opérations de maintenance.</p> <p>Pour Joseph Scuderi, «la SNCF est un partenaire de premier plan, car le potentiel en France est considérable. Cela donnera aussi de la visibilité à nos travaux en Suisse». L’entreprise gère environ 28’000 kilomètres de lignes et figure parmi les plus gros consommateurs d’électricité du pays. Elle vise à couvrir 20% de ses besoins par le photovoltaïque d’ici 2030.</p> <h2 class="wp-block-heading" id="h-des-projets-pilotes-en-coree-du-sud-et-en-indonesie">Des projets pilotes en Corée du Sud et en Indonésie</h2> <p>D’autres partenariats sont en cours en Corée du Sud et en Indonésie. En septembre 2025, le projet Korea Railway Solar Power Generation a obtenu l’autorisation des autorités pour installer des panneaux près de la gare d’Osong, dans la province de Chungcheongbuk-do. La phase pilote doit durer deux ans, avec une éventuelle extension à l’échelle nationale.</p> <p>En Indonésie, la société d’ingénierie Mutitron Automa s’intéresse également à cette technologie. «Des tests supplémentaires sur le terrain sont nécessaires pour en évaluer la faisabilité», déclare à Swissinfo son directeur Dieter Napitupulu, présent lors de l’inauguration du site de Buttes l’an dernier.</p> <h2 class="wp-block-heading" id="h-le-defi-du-transport-de-l-electricite">Le défi du transport de l’électricité</h2> <p>Julien Pouget, professeur associé à la HES-SO Valais, souligne les difficultés liées au stockage et au transport de l’électricité produite le long d’infrastructures linéaires comme les voies ferrées, les routes ou les cours d’eau.</p> <p>«Une architecture électrique spécifique est nécessaire. Au-delà de 500 mètres, la technologie actuelle n’est pas adaptée», a-t-il expliqué au quotidien 24heures. L’enjeu principal consiste à élever la tension pour permettre le transport sur de longues distances.</p> <p>De son côté, Joseph Scuderi espère réduire la durée du projet pilote, fixée à trois ans par l’Office fédéral des transports, et obtenir rapidement une validation définitive. «Nous avons démontré que cette technologie est sûre. Plus vite l’approbation interviendra, plus vite nos partenaires à l’étranger pourront avancer.»</p> <p>Si elle se confirme, cette solution pourrait transformer des milliers de kilomètres de voies ferrées en nouvelles sources d’énergie.</p> <p><em>Texte original en italien relu et vérifié par Mark Leutenegger, traduit et vérifié en français par Olivier Pauchard</em></p>

Source : Swissinfo

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