Passé 50 ans, retrouver ou conserver un emploi relève souvent du défi. Lorsqu’au critère de l’âge s’ajoute un handicap, les obstacles se multiplient. Témoignages et chiffres illustrent une réalité encore largement invisibilisée.
« Après 50 ans, avec un statut de travailleur handicapé et un problème de santé psychique reconnu ou en cours de reconnaissance, je sais que les portes se ferment plus facilement qu’elles ne s’ouvrent. » Ce témoignage de Corinne reflète une réalité partagée par de nombreux seniors en situation de handicap. Des récits similaires ont été recueillis par Handicap.fr, illustrant l’ampleur d’un phénomène longtemps invisibilisé.
Les refus d’embauche se multiplient pour les demandeurs d’emploi en situation de handicap. À plus de 50 ans, l’âge devient un frein, et avec un handicap reconnu, il peut se transformer en véritable impasse. Thierry, fort de trente ans de carrière, témoigne : « Après trente ans de carrière, je n’ai obtenu que quelques entretiens, sans suite. Mon handicap revenait toujours dans les échanges, même lorsqu’il n’avait aucun impact sur le poste ». D’autres évoquent des reconversions imposées après un accident de la vie ou l’apparition d’un handicap incompatible avec leur métier d’origine.
Les derniers chiffres de l’Agefiph révèlent un taux de chômage des personnes handicapées de 11,5 % en 2025. Toutefois, ce taux reste près de deux fois supérieur à celui de l’ensemble de la population active, et le chômage de longue durée est particulièrement marqué chez les seniors en situation de handicap.
Une discrimination qui se cumule
Le handicap et l’âge se renforcent mutuellement dans les parcours professionnels. Plus de la moitié des actifs handicapés sont des seniors : 51 % des bénéficiaires de l’obligation d’emploi (BOE) dans le secteur privé ont 50 ans ou plus, alors que les seniors ne représentent que 31 % de l’ensemble des actifs, selon l’Insee (chiffres 2024).
Les personnes interrogées expriment un sentiment d’invisibilité et de préjugés. « On me disait que j’avais trop d’expérience… C’était une façon polie de dire que j’étais trop vieux », résume un ancien cadre devenu travailleur handicapé. Le Défenseur des droits, dans son 17e baromètre sur la perception des discriminations dans l’emploi, souligne que les seniors sont souvent victimes de discriminations lors des recrutements, des promotions et de l’accès à la formation.
« Comme si le statut RQTH justifiait une rémunération au rabais »
Les contraintes médicales et les restrictions d’aptitude peuvent inquiéter certains employeurs, malgré les aides existantes. Les handicaps invisibles, les maladies invalidantes ou les troubles psychiques sont souvent sources de préjugés. Les reconversions s’allongent et les périodes sans emploi se multiplient. Corinne, assistante commerciale, déplore : « Je touche un salaire inférieur à ce qu’elle vaut réellement, comme si le statut RQTH justifiait une rémunération au rabais ».
Après 50 ans, la menace de la placardisation
Laure, 54 ans, a dénoncé une « placardisation » après un traumatisme cervical. « Vingt-trois ans d’expertise dans le même établissement, et le seul reclassement proposé fut un poste à répondre au téléphone, avec une perte de salaire », confie-t-elle. Face à ce refus, elle a été licenciée pour inaptitude, une situation paradoxale pour une professionnelle de la santé.
Maintien dans l’emploi : un défi encore sous-estimé
La « double peine » ne concerne pas uniquement ceux en recherche d’emploi. Beaucoup peinent également à conserver leur poste lorsque leur état de santé évolue après 50 ans. Nathalie, 58 ans, diagnostiquée d’un Syndrome d’Ehlers-Danlos hypermobile, décrit une carrière marquée par l’épuisement et les reconversions forcées. Elle a subi des remarques humiliantes de sa direction, ce qui l’a poussée à démissionner, malgré la précarité de sa situation.
« Qui embauche encore à 58-59 ans ? »
En 2025, près de 27 900 personnes handicapées ont pu être maintenues dans l’emploi grâce aux interventions de Cap emploi et de l’Agefiph, représentant une hausse de 5 % en un an. Cependant, la question demeure : « Qui embauche encore à 58-59 ans ? », s’interroge Nathalie.
Miser sur l’expérience plutôt que sur les préjugés
Face au vieillissement de la population active, les spécialistes appellent à changer de regard. L’expérience et les compétences des salariés de plus de 50 ans représentent un atout, y compris pour ceux vivant avec un handicap. Christophe Roth, ancien président de l’Agefiph, a souligné l’importance d’agir sur le maintien dans l’emploi, notamment dans le cadre du Plan santé au travail.
Il est essentiel pour les personnes concernées de solliciter les acteurs spécialisés afin d’anticiper les besoins d’aménagement et sécuriser leur maintien dans l’emploi. Chaque parcours rappelle qu’âge et handicap ne devraient jamais condamner une carrière, mais inviter à repenser les conditions d’accès et de maintien dans l’emploi.
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« Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Clotilde Costil, journaliste Handicap.fr »
