Et si les ETF synthétiques (MSCI World, NASDAQ…) n’étaient plus éligibles au PEA ?

Et si les ETF synthétiques (MSCI World, NASDAQ…) n’étaient plus éligibles au PEA ?

Selon une étude OpinionWay pour Saxo Banque publiée en 2025, 64 % des Français n’ont jamais entendu parler des ETF. Fabien Keryell, CEO France de Saxo Banque, souligne que les ETF synthétiques sont encore moins connus. Néanmoins, de nombreux investisseurs en détiennent sans le savoir dans leur plan d’épargne en actions (PEA), notamment à travers des fonds répliquant le MSCI World, le NASDAQ ou les marchés émergents. En mai 2026, le sénateur Hervé Maurey a interrogé le gouvernement sur la légitimité de ces produits dans le PEA, relançant un débat qui suscite des inquiétudes parmi les professionnels du secteur.

Pour comprendre l’enjeu, il est essentiel de saisir le mécanisme des ETF synthétiques. Ces fonds n’achètent pas directement les actions qu’ils répliquent. Ils investissent dans un panier de titres éligibles au PEA, puis échangent la performance de ce panier contre celle d’un autre actif via un contrat financier appelé « total return swap ». Fabien Keryell explique que cela implique de donner la performance du CAC 40 à une autre banque en échange de la performance d’un actif comme le MSCI World, tout en maintenant un portefeuille investi en actions européennes éligibles.

L’argument des détracteurs est que loger un ETF répliquant l’économie américaine dans une structure censée soutenir l’économie européenne pourrait détourner l’esprit du PEA. Toutefois, Keryell nuance cet argument en affirmant que les ETF synthétiques financent bien l’économie européenne, car ils investissent dans des produits éligibles. Il souligne également le rôle pédagogique du PEA, qui permet d’initier les épargnants à l’investissement à long terme. Restreindre les ETF synthétiques pourrait réduire les options de diversification et décourager ceux qui souhaitent investir en bourse.

Le scénario d’une inéligibilité forcée n’est pas inédit. Par le passé, des changements réglementaires, comme ceux liés au Brexit, ont rendu certains titres britanniques inéligibles au PEA, provoquant des réactions rapides des gestionnaires. Keryell avertit que les particuliers, moins informés, pourraient ne pas savoir comment réagir. Cela pourrait inciter des investisseurs à transférer leurs fonds vers des comptes-titres, où la fiscalité est moins avantageuse, avec une imposition de 31,4 % contre une fiscalité allégée après cinq ans dans le PEA.

Sur le plan politique, modifier les règles d’éligibilité au PEA nécessiterait une loi, mais Keryell estime que le risque à court terme est limité. Il souligne qu’il est plus pertinent de se concentrer sur l’importance de l’investissement à long terme plutôt que de se focaliser sur des débats potentiellement déroutants pour les investisseurs.

Source : OpinionWay pour Saxo Banque, 2025

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