El Niño : l’enfant terrible du Pacifique
Tous les deux à sept ans, un vaste réchauffement des eaux de l’océan Pacifique vient dérégler le climat de la planète entière. Ce phénomène naturel, baptisé El Niño, naît au large de l’Amérique du Sud et provoque à des milliers de kilomètres de son foyer des pluies diluviennes ou des sécheresses. En frappant l’agriculture et la pêche de régions entières, il pèse sur les récoltes, les prix alimentaires mondiaux et la santé publique.
Une machine climatique déréglée
En temps normal, des vents réguliers, les alizés, soufflent d’est en ouest le long de l’équateur, repoussant les eaux chaudes de surface vers l’Asie et l’Océanie. Cette dynamique permet aux eaux froides et profondes, riches en nutriments, de remonter le long des côtes sud-américaines, favorisant la pêche péruvienne. El Niño survient lorsque cette mécanique s’enraye, entraînant un affaiblissement des alizés. L’eau chaude accumulée à l’ouest reflue alors vers l’est, bloquant la remontée des eaux froides et provoquant des migrations ou la mortalité des poissons.
Des répercussions à l’échelle du globe
Ce déplacement des eaux chaudes agit comme un aiguillage climatique planétaire. Sur les côtes d’Amérique du Sud, des pluies excessives entraînent inondations et glissements de terrain. À l’inverse, des régions comme l’Indonésie et l’Australie, habituellement arrosées, peuvent connaître des sécheresses, entraînant mauvaises récoltes et incendies. Les hivers deviennent plus doux sur une partie de l’Amérique du Nord et du cône sud-américain. En perturbant la circulation atmosphérique, El Niño tend à faire grimper la température moyenne du globe, les années El Niño étant souvent parmi les plus chaudes jamais mesurées.
Un rythme irrégulier
El Niño n’est pas un phénomène régulier. Il revient tous les deux à sept ans, dure généralement de neuf à douze mois, mais peut parfois se prolonger sur plusieurs années. Son nom, signifiant « petit garçon » ou « Enfant Jésus » en espagnol, fait référence à son pic d’activité autour de Noël. Il possède un pendant inverse, La Niña, qui représente une phase de refroidissement du Pacifique. Ensemble, ils forment l’oscillation ENSO, un moteur essentiel de la variabilité climatique.
Si El Niño est un phénomène ancien et naturel, il interagit avec le réchauffement climatique d’origine humaine, amplifiant les extrêmes sur une planète déjà plus chaude. Comprendre cet « enfant terrible » du Pacifique est crucial pour appréhender les rouages d’un climat mondial de plus en plus instable.
Source : Agence France-Presse
