Draghi lance un think tank pour influencer les décisions de l’Union européenne.

Avec son nouveau think tank, Draghi veut bousculer Bruxelles

Avec son nouveau think tank, Draghi veut bousculer Bruxelles

Deux ans après avoir dressé un constat sévère sur le décrochage économique européen, Mario Draghi change de stratégie. En collaboration avec Patrick Collison, cofondateur de Stripe, l’ancien président de la Banque Centrale Européenne (BCE) lance le Groupe du Rhin, une structure indépendante visant à transformer les constats sur la compétitivité européenne en réformes concrètes.

Le groupe réunit un casting prestigieux d’économistes, d’entrepreneurs, d’investisseurs et d’anciens responsables publics. Parmi les membres figurent deux prix Nobel d’économie, Philippe Aghion et Bengt Holmström, ainsi que des figures de la tech comme Tobi Lütke, Niklas Zennström, Xavier Niel et Sebastian Siemiatkowski. La France est bien représentée avec des personnalités telles que Bruno Le Maire, Alexis Kohler, Benoît Cœuré, Laurence Boone, Philippe Aghion, Pierre-Olivier Gourinchas et Xavier Niel.

Le rapport remis par Draghi à Bruxelles en 2024 avait mis en lumière les faiblesses de l’économie européenne : productivité insuffisante, coûts énergétiques élevés, retard technologique, financement limité de l’innovation et fragmentation du marché unique. Depuis, la Commission Européenne a initié plusieurs actions inspirées de ces recommandations.

Ce jeudi à Paris, Ursula von der Leyen a réaffirmé la volonté de l’Europe de reprendre la main sur sa compétitivité, notamment face à la Chine. En tant que première présidente de la Commission européenne à participer à la Rencontre des entrepreneurs de France, elle a exhorté les entreprises à s’adapter à un nouvel environnement international, tout en appelant à une Europe qui « produit, investit et protège ».

Cependant, les réformes les plus délicates proposées par le rapport Draghi, telles que l’intégration des marchés de capitaux et la simplification réglementaire, rencontrent des résistances dues aux intérêts nationaux.

C’est dans ce contexte que le Groupe du Rhin souhaite intervenir. Mario Draghi le copréside aux côtés de Patrick Collison, tandis que l’économiste espagnol Luis Garicano en as la direction exécutive. L’objectif est de ne pas se limiter à des recommandations, mais de sélectionner des priorités et de rassembler les acteurs capables de les concrétiser.

Le choix de Patrick Collison, issu du secteur technologique, illustre une volonté de rapprocher le monde décisionnel et celui de l’innovation. L’Europe doit non seulement protéger son tissu économique, mais aussi favoriser l’émergence d’entreprises compétitives au niveau mondial.

Néanmoins, le Groupe du Rhin fait face à une limitation majeure : il ne dispose d’aucun pouvoir réglementaire, de budget européen ou de mandat électoral. Bien qu’il puisse faciliter les discussions et construire des coalitions, il ne peut imposer de décisions aux États membres.

Les blocages européens ne sont pas uniquement le résultat d’un manque de dialogue ; les gouvernements peuvent partager des objectifs tout en défendant des intérêts divergents. Les véritables défis seront donc politiques. L’Europe ne manque pas de rapports sur ce qu’elle devrait faire, mais elle souffre d’un manque de consensus sur les coûts et les concessions nécessaires.

C’est là le défi que Mario Draghi tente de relever. Après avoir posé le diagnostic en 2024, il cherche à rassembler en 2026 ceux qui pourraient transformer ces constats en décisions concrètes. La question demeure : cette concentration exceptionnelle de talents sera-t-elle suffisante pour créer une coalition capable d’agir ?

Source : La Tribune

Source

Comments

No comments yet. Why don’t you start the discussion?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *