Les entreprises réorganisent leur liquidité avant l’introduction en Bourse : le cas d’OURA et d’autres acteurs du marché
Avant son introduction en Bourse, OURA a investi 1,17 milliard de dollars dans le rachat de titres détenus par certains actionnaires. Cette démarche soulève des questions sur la nature des financements privés, car il est crucial de différencier ce qui finance l’activité de ce qui permet aux détenteurs de titres d’accéder à des liquidités, ainsi que l’impact sur le bilan de l’entreprise.
Le prospectus d’IPO d’OURA indique un bénéfice net de 60,8 millions de dollars pour les neuf mois se terminant le 30 juin 2026, tout en affichant une perte de 924,3 millions de dollars pour les actionnaires ordinaires. Cette perte est due à un « deemed dividend » de 985 millions de dollars, qui représente la différence entre le prix payé pour le rachat d’actions préférentielles et leur valeur comptable. Il ne s’agit pas d’une perte d’exploitation ni d’un dividende supplémentaire.
Les sorties de trésorerie sont bien réelles. Pour racheter ces titres, OURA a utilisé des fonds provenant de levées de capitaux, de ses activités et de prêts, tirant notamment 375 millions de dollars sur sa ligne de crédit pour financer ces rachats et ses besoins généraux. Cela a permis à certains actionnaires de convertir une partie de leur participation en liquidités avant la cotation, tandis que l’entreprise a accru son endettement.
D’autres entreprises comme Groupon, GoPro, Zoom, Stripe et Databricks ont également mis en place des mécanismes permettant à des investisseurs et salariés d’accéder à des liquidités avant leur introduction en Bourse, chacun ayant sa propre méthode de circulation du capital.
GROUPON : Lever du capital pour racheter des titres
Entre décembre 2010 et janvier 2011, Groupon a réalisé une série G de 946 millions de dollars, utilisant 809,8 millions de dollars pour racheter des actions ordinaires et préférentielles. Ce mécanisme a principalement permis de financer la liquidité des détenteurs de titres existants.
GOPRO : Emprunter pour distribuer un dividende
En décembre 2012, GoPro a contracté un prêt de 117,4 millions de dollars pour distribuer un dividende. Le prospectus de 2014 indiquait que des fonds de l’IPO seraient utilisés pour rembourser ce prêt, contribuant ainsi au remboursement d’une dette ayant bénéficié aux actionnaires.
ZOOM : Rachat d’actions et dividende réputé
Le prospectus de Zoom pour son IPO de 2019 mentionne un rachat d’actions préférentielles pour environ 15 millions de dollars, suivi d’un autre rachat de 4,6 millions de dollars. La différence entre le prix de rachat et la valeur comptable a été classée comme un « deemed dividend ».
STRIPE : Financer la liquidité des salariés
En mars 2023, Stripe a annoncé une levée de plus de 6,5 milliards de dollars pour fournir de la liquidité à ses salariés et anciens salariés, sans en avoir besoin pour ses opérations. Ce dispositif visait à annuler des titres pour compenser l’émission d’actions nouvelles.
DATABRICKS : Combiner croissance et liquidité
En janvier 2025, Databricks a annoncé un financement de 10 milliards de dollars en fonds propres et 5,25 milliards en crédit, visant à soutenir la croissance, les acquisitions et la liquidité des salariés.
Ces exemples montrent qu’il est essentiel de distinguer la liquidité des actionnaires de celle de l’entreprise. Dans une vente secondaire, l’argent circule entre acheteurs et vendeurs sans enrichir la société. Un rachat, en revanche, implique que l’entreprise paie les vendeurs, affectant directement ses ressources.
Pour OURA, l’IPO marque une nouvelle étape de liquidité, avec une émission d’actions nouvelles et la vente de titres par des actionnaires existants. L’analyse de la répartition des capitaux levés et de leur utilisation sera cruciale pour évaluer la viabilité financière de l’entreprise après l’introduction en Bourse.
Source : Prospectus d’IPO d’OURA, SEC

