Double séisme au Venezuela : La lente recherche des corps de disparus provoque angoisse et colère
(Caraballeda) La lenteur des recherches pour retrouver les victimes du double séisme et l’incertitude qui demeure autour de leur nombre plongent les Vénézuéliens dans l’angoisse, avec des scènes de tensions vendredi devant les décombres d’immeubles effondrés.
« Que les machines n’arrivent pas pour les emporter comme des déchets, c’est ça mon objectif, parce que les spécialistes nous ont dit qu’il y avait encore de l’espoir », témoigne José Francisco Liendo, à Caraballeda, dans la station balnéaire de La Guaira, proche de Caracas. Le chauffeur de poids lourds âgé de 50 ans se tient devant les gravats d’un immeuble qui recouvrent, pense-t-il, les corps de son père et de sa sœur.
Des milliers de familles espèrent encore retrouver leurs proches, emportés par les séismes de magnitude 7,2 et 7,5 qui ont dévasté ce secteur et touché la capitale Caracas le 24 juin. Le plus puissant séisme qu’ait connu le Venezuela depuis plus d’un siècle a fait au moins 2645 morts et plus de 12 600 blessés, selon le dernier bilan donné vendredi par les autorités.
Elles évitent de chiffrer le nombre de disparus, mais les Nations unies estiment qu’il pourrait s’élever à 50 000. Les réseaux sociaux sont inondés de photos d’enfants, de personnes âgées et de couples, accompagnées de leurs noms, d’une description et d’un numéro de téléphone dans l’espoir d’obtenir des informations. Les sinistrés se comptent par millions, beaucoup vivant dans la rue ou des refuges improvisés.
Des secouristes vénézuéliens et étrangers s’affairent encore dans les décombres, neuf jours après les séismes, mais l’intensité des recherches diminue et certains sauveteurs avancent que vendredi marquera la fin des recherches. On estime généralement que les chances de survie sous les décombres sont pratiquement nulles au-delà de 72 heures. Pourtant, de nombreux proches s’accrochent encore à l’espoir, pensant entendre des signes de vie.
Face à l’immeuble de Caraballeda, des passants disent avoir entendu les cris d’un adulte et d’autres parlent aussi, dans la même zone, d’un enfant de neuf ans encore en vie. Mais des secouristes étrangers ont affirmé qu’il n’y a plus de survivant ici. À La Guaira comme dans la capitale Caracas, les critiques fusent contre la réaction du gouvernement face à la tragédie. Beaucoup dénoncent l’absence de secours dans les premiers temps, jusqu’à l’arrivée des sauveteurs internationaux. Ce sont souvent les proches, les voisins, et des volontaires qui dans les premières heures ont fouillé les gravats.
La présidente par intérim, Delcy Rodríguez, a assuré jeudi soir que les recherches de survivants se poursuivaient et promis que personne n’irait « dans les fosses communes », garantissant que tous les morts seraient identifiés. Elle a défendu sa gestion de la crise en soulignant avoir déployé 4000 professionnels dans les premières 24 heures puis 19 000 au bout de 48 heures.
L’ampleur des dégâts a plongé dans le chaos une partie du pays, déjà plombé depuis des années par une profonde crise économique. Près de 200 bâtiments se sont complètement effondrés, selon les données officielles. Une morgue improvisée est installée en plein air dans le port de La Guaira, où les proches attendent de longues heures pour récupérer les corps et les actes de décès.
Devant l’immeuble où se trouve José Francisco Liendo, des militaires sont arrivés ainsi qu’une brigade espagnole équipée d’une grue, pour commencer à soulever les décombres. Les familles continuent d’espérer retrouver leurs proches, tandis que la douleur et l’incertitude persistent au sein de la population.
Source : Agence France-Presse.