Des frappes à la pression économique : comment Donald Trump a changé de tactique face à l'Iran

Des frappes à la pression économique : comment Donald Trump a changé de tactique face à l’Iran

Donald Trump mise désormais sur la pression économique plutôt que sur la diplomatie ou de nouvelles frappes face à l’Iran. Reste à savoir si cette stratégie de longue haleine s’accordera avec le tempérament notoirement impatient du président américain.

Voilà qui ne ressemble guère à Donald Trump. « On reste discrets », a déclaré le président américain au média en ligne Axios dimanche 9 août. « Nous ne faisons que semi-négocier avec eux. Nous nous contentons d’observer l’Iran, avec son inflation galopante et le fait qu’il n’a plus d’argent », a-t-il expliqué lors d’un échange téléphonique.

Le milliardaire a certes redit qu’il se réservait toujours l’option de frapper Téhéran, mais il insiste sur les dommages économiques subis par le pays à travers les sanctions américaines. « Ouais, ils peuvent causer des ennuis. Mais ils sont fauchés. Ils n’ont pas d’argent », a affirmé Donald Trump lundi dans le Bureau ovale.

Il a plusieurs fois assuré que le pays connaissait une inflation supérieure à 300 %, par exemple dans un message publié mercredi sur son réseau Truth Social, dans lequel il a également déclaré que « les soldats qui leur restent ne sont pas payés ».

Un net changement tactique

Donald Trump et son gouvernement semblent faire le pari qu’à force de patience, Téhéran cédera face à la pression. L’imprévisible président américain a donc mis en sourdine les menaces de frappes apocalyptiques et les promesses de règlement diplomatique imminent qui ont marqué sa communication depuis le début de la guerre.

À en croire le Wall Street Journal, ses conseillers lui ont montré de nombreux graphiques sur l’impact des sanctions américaines, et Donald Trump envisagerait de durcir celles qui existent, voire d’en imposer de nouvelles. Fin juillet, Washington avait annoncé de nouvelles mes visant des entités iraniennes liées aux Gardiens de la Révolution.

Il s’agit d’un changement tactique significatif, venant d’un président qui menaçait récemment de déclencher contre l’Iran les frappes les plus dévastatrices depuis la Seconde Guerre mondiale. Selon des informations parues dans la presse, les réserves américaines de certains missiles ont été très fortement entamées par le conflit, limitant ainsi les options militaires à la disposition des États-Unis.

De manière notable, Donald Trump n’évoque plus la voie diplomatique, alors que les discussions sur la réouverture du détroit d’Ormuz, en particulier, sont dans l’impasse.

« Économiquement, l’Iran est en très mauvais état. Ils ne peuvent pas exporter de pétrole dans des quantités significatives, ils opèrent sous un régime de sanctions et ils n’ont pas accès à leurs avoirs à l’étranger », a déclaré Michael O’Hanlon, expert de la Brookings Institution. « Mais la vraie question est : est-ce que cela préoccupe vraiment ses dirigeants ? Un peu, selon moi, mais pas beaucoup », a-t-il ajouté.

Un risque pour le soutien de la population iranienne

Le 20 juillet, le président iranien Massoud Pezeshkian a mis en garde contre les conséquences pour l’économie du pays. « Aujourd’hui, le principal champ de bataille est celui de l’économie et des moyens de subsistance de la population », a-t-il souligné lors d’une rencontre à Téhéran avec des responsables de la justice.

« Si la pression économique venait à engendrer du mécontentement social, (…) l’immense soutien de la population envers l’État risquerait d’être fragilisé », a-t-il prévenu. Fin décembre, un mouvement de contestation déclenché contre la vie chère s’était rapidement mué en vastes manifestations antigouvernementales.

Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères a dénoncé une « addiction » de Washington aux sanctions, avertissant que « le risque est que les responsables américains, en s’accrochant à cette mauvaise habitude, tuent leur dernière chance de trouver une porte de sortie moins humiliante à une crise qu’ils ont eux-mêmes fabriquée ».

Reste à savoir si cette stratégie de pression économique de longue haleine s’accordera avec le tempérament notoirement impatient de Donald Trump, qui affectionne les sports de combat spectaculaires de type MMA et les « deals » fracassants. Dans son échange avec Axios, il a comparé le conflit avec l’Iran à une partie d’échecs.

Source : Axios, Wall Street Journal, AFP.

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