Du mème à la manipulation : Donald Trump franchit une nouvelle ligne rouge sur l’IA
C’est un nouveau chapitre dans l’histoire d’amour entre Donald Trump et l’intelligence artificielle. La Maison Blanche a publié sur son compte X, jeudi 22 janvier, une image altérée par IA d’une militante afro-américaine arrêtée par ICE, la controversée police des douanes et de l’immigration. Le message affirmait : « ARRÊTÉE. Pour avoir orchestré les émeutes dans une église du Minnesota : l’agitatrice d’extrême gauche Nekima Levy Armstrong ». L’image associée montrait un agent d’ICE, visage flouté, qui venait de passer les menottes à une femme, présentée comme Nekima Levy Armstrong, visiblement en pleurs.
Un « mème » parmi tant d’autres ?
Une demi-heure après ce message initial, le compte X de Kristi Noem, ministre de la Sécurité nationale, a posté la même photo mais avec deux différences notables : Nekima Levy Armstrong ne pleurait pas, et le teint de sa peau était moins sombre. La Maison Blanche a par la suite reconnu avoir altéré l’image originale, mais a suggéré qu’il ne s’agissait que d’un « mème » parmi tant d’autres, ces détournements d’images qui inondent les réseaux sociaux.
Donald Trump est un grand consommateur de ce type de contenus. « Il a utilisé ou partagé lui-même fréquemment des images générées par IA depuis le début de son mandat et même pendant la campagne présidentielle de 2024 », reconnaît Marco Morini, spécialiste de la communication politique aux États-Unis à l’université La Sapienza de Rome.
L’IA au service de la réalité alternative
La retouche par IA de Nekima Levy Armstrong n’appartient pas à la catégorie des « mèmes ». Elle fait entrer la communication de la Maison Blanche dans une dimension bien plus dangereuse, selon des experts. « On passe de l’exagération évidente à une recherche de réalisme », souligne Claes de Vreese, spécialiste de l’utilisation de l’intelligence artificielle dans la communication politique à l’université d’Amsterdam. C’est la première fois qu’un compte officiel d’une institution comme la Maison Blanche cherche à faire passer le faux pour du réel à l’aide de l’IA, affirme Scott Lucas, spécialiste des États-Unis à l’University College Dublin.
Le but de cette opération est aussi très différent. « Il s’agit ici clairement d’humilier une personne », souligne Scott Lucas. Dans l’image originale, la militante des droits civiques a une posture digne et le visage grave, malgré son arrestation. Le recours à l’IA a permis « de la dépeindre comme quelqu’un de faible et dont les larmes symbolisent la soumission à l’autorité des agents d’ICE », poursuit ce spécialiste.
Conséquences
La présidence américaine pourrait craindre de perdre la bataille de l’image, et les « mèmes » générés par IA pourraient ne plus suffire. En mettant le doigt dans l’engrenage d’une réalité alternative créée par l’IA, Donald Trump ouvre une porte qui pourrait être dangereuse pour la démocratie, selon Claes de Vreese. Si ces manipulations se multiplient, le risque est de faire naître « une méfiance épistémique ou systémique envers l’information et les images publiées », avertit Claes de Vreese.
Source : France 24
