Dominique, la « maman-galette saucisse » du festival techno de Ploërdut
À 17 h, Dominique allume sa billig à crêpes. Les premières saucisses commencent à griller, les frites plongent dans l’huile bouillante. Autour d’elle, le champ de Kerlividic s’anime peu à peu. Sur les hauteurs de Ploërdut, quelque 2 000 festivaliers sont attendus ce week-end des 12 et 13 septembre 2026, dans le cadre de l’Universe Festival, un rendez-vous techno désormais bien établi.
Face au camion à crêpes de Dominique, une scène monumentale de vingt mètres de haut semble tout droit sortie de l’enfer. C’est justement le thème de cette quatrième édition : décors gigantesques, jeux de feu et puissants caissons de basses. Une ambiance qui contraste avec la discrète restauratrice de Locmalo. « Habituellement, je suis plutôt mariages, anniversaires et marchés de producteurs. Mais on est bien ici aussi, avec une pleine vue sur la grande scène ! »
À 60 ans, Dominique participe à l’événement pour la troisième année consécutive. La techno, elle ne connaissait pas vraiment. « Par le bouche-à-oreille, le propriétaire du champ qui organise le festival a fini par me contacter. Je n’ai pas hésité, même si je n’avais aucune culture de la musique techno ». Depuis, elle a pris ses habitudes. Et surtout, elle a appris à connaître les festivaliers. « C’est une clientèle comme les autres. Ils sont particulièrement bienveillants, curieux et très amateurs de mes galettes-saucisses », sourit-elle.
Avec un ami, Dominique as le service de 17 h à 14 h le lendemain, presque sans interruption. Un service de près de 24 h, au rythme de la musique. Elle s’accorde seulement quelques « petites siestes ». « Avec la musique, ce n’est pas possible de dormir sur le site. Je ferme les yeux et je récupère un petit peu d’énergie. C’est un marathon ».
Dans la soirée, la sexagénaire vend quelque 200 crêpes salées, et au moins le double de barquettes de frites. De quoi faire le bonheur de Yoann, jeune festivalier. En découvrant sa crêpe à l’andouille, c’est l’extase : « Incroyable, c’est exactement ce dont j’ai envie depuis 13 h ! C’est assez rare de trouver des crêpes dans le milieu de la techno. Mais on est en Bretagne, alors rien ne m’étonne ».
Ancienne infirmière, Dominique apprécie aussi l’esprit du festival et son dispositif de prévention. Encadré notamment par l’Orange Bleue et la Croix-Blanche, l’événement met en avant le dépistage, les éthylotests et la prévention des violences sexistes et sexuelles. Une vingtaine de bénévoles effectuent des maraudes pour prévenir les excès et les agressions. Et puis, il y a les retrouvailles. En revenant pour la troisième année, Dominique reconnaît désormais certains visages.
À force, elle s’est fait une réputation de « maman galette-saucisse » du festival. « On s’attache à ces jeunes. Ils sont super gentils, et même s’ils ne consomment pas chez moi, tout le monde vient me dire bonjour ». Le lendemain matin, elle ne compte d’ailleurs pas s’arrêter aux crêpes. « Même si je n’en ai plus, je vais faire le tour du parking avec du café pour m’asr qu’ils sont un peu réveillés avant de prendre la route ». Au milieu de l’enfer techno, Dominique veille.
Source : Le Télégramme

