Dix coups de feu portés en moins de 48 secondes : la nuit où l’ex-rugbyman Federico Martin Aramburu a été abattu à Paris
Quatre personnes sont jugées du 7 au 25 septembre à Paris après la mort de l’ancien international argentin. Il y a quatre ans et demi, il a été tué après une soirée marquée par une bagarre, des tirs et une traque dans le quartier de Saint-Germain-des-Prés.
La fin de soirée approche au Mabillon, bar tendance du VIe arrondissement de Paris. Le tintement des verres se mêle aux éclats de voix. L’établissement s’apprête à fermer, le 19 mars 2022. Deux groupes que tout oppose, mais dont un visage n’est pas inconnu du grand public, sont attablés à quelques mètres l’un de l’autre. D’un côté, Romain Bouvier, 31 ans, et Loïk le Priol, 27 ans, deux membres de l’ultradroite, sympathisants du GUD (Groupe union défense), dissous en juin 2024. De l’autre, l’Argentin Federico Martin Aramburu, 42 ans, ex-rugbyman international, et son ancien coéquipier, Shaun Hegarty, âgé de 38 ans. Une rixe éclate sur la terrasse du boulevard Saint-Germain, suivie d’une course-poursuite, de deux scènes de tirs, et finalement, d’un mort : Federico Martin Aramburu.
La cour d’assises de Paris ouvre ses portes lundi 7 septembre pour juger Loïk Le Priol pour assassinat. Il plaide la légitime défense. Son ami Romain Bouvier, justifiant des tirs « dissuasifs vers le sol » — une version contestée par la vidéosurveillance — est jugé pour complicité de tentative d’assassinat. La compagne de Le Priol, Lyson R., et l’ami de Bouvier, Anthony S., sont également convoqués sur le banc des accusés. Lyson R., présente le soir des faits et alors âgée de 24 ans, comparaît pour complicité d’assassinat. Anthony S., 37 ans, est mis en cause pour recel de malfaiteur et soustraction d’objet en vue de faire obstacle à la manifestation de la vérité.
Il est 4h40 lorsque les deux militants d’ultradroite s’installent au Mabillon, rapporte l’ordonnance de mise en accusation. Loïk Le Priol, bientôt rejoint par sa compagne, fréquente régulièrement ce café. Près de quarante minutes plus tard, les deux rugbymen, qui ont déjà bu « une dizaine de verres », s’installent à leur tour sur la terrasse. Ils ont prévu d’assister le soir même au match France-Angleterre du tournoi des Six Nations. L’ambiance est festive, les bières s’enchaînent et les cigarettes se consument.
À 5h52, Loïk Le Priol, ancien militaire radié de l’armée, tape sur la joue de Shaun Hegarty, nécessitant l’intervention du vigile. Ce dernier lui reproche de s’être adressé « de manière condescendante » à un voisin. Les tensions montent rapidement. À 6 heures, Federico Martin Aramburu et Shaun Hegarty s’apprêtent à quitter le bar. Un affront se produit lorsque l’ancien champion de France saisit la capuche de Le Priol, provoquant sa chute. Les deux hommes échangent des coups, rapidement rejoints par leurs amis respectifs, et la rixe se déplace dans la rue de Buci.
Séparés par le personnel du bar, les deux rugbymen s’éloignent à pied. Loïk Le Priol, en colère, menace de tuer Aramburu. Il exhibe un revolver, dont le chargement avait été vérifié dans les sanitaires du café. À 6h07, une Jeep verte, conduite par Lyson R., s’approche du Mabillon. Quelques centaines de mètres plus loin, le véhicule rattrape les deux rugbymen. Un échange de coups de feu a lieu, et Federico Martin Aramburu est touché par deux balles mortelles, atteignant son poumon gauche et son rein droit. Shaun Hegarty, à l’écart, rejoint son ami, qui succombe à ses bless dans ses bras.
Après les faits, Lyson R. est interpellée pour avoir dissimulé le téléphone et la jeep de son compagnon. Romain Bouvier est arrêté quelques jours plus tard, tandis que Loïk Le Priol est appréhendé en Hongrie alors qu’il tentait de fuir vers l’Ukraine. Il a été rapatrié en France le 31 mars 2022 et mis en examen pour assassinat.
Cette affaire soulève des questions sur la violence et l’impunité, marquant tristement la mémoire du rugby français et de ses supporters.
Source : Franceinfo

