23.600 milliards de dollars : la facture d'un divorce industriel entre l'Occident et la Chine

23.600 milliards de dollars : la facture d’un divorce industriel entre l’Occident et la Chine

À l’heure où les entreprises diversifient leurs chaînes d’approvisionnement, une étude d’EY-Parthenon chiffre à 23.600 milliards de dollars le coût d’un découplage industriel complet entre les économies occidentales et la Chine.

La quête de souveraineté industrielle a un prix élevé. Selon cette analyse, révélée par le Financial Times, les États-Unis, la zone euro et le Royaume-Uni devront investir près de 23.600 milliards de dollars (20.694 milliards d’euros) d’ici à 2050 pour reconstruire hors de Chine les capacités industrielles dont ils dépendent actuellement.

L’essentiel de cet investissement incomberait aux États-Unis, avec 13.700 milliards de dollars à engager. La zone euro devrait mobiliser 9.100 milliards, tandis que le Royaume-Uni devra investir 800 milliards. Au total, cela représente près de 940 milliards de dollars par an pendant un quart de siècle. Ces chiffres illustrent le coût réel d’un découplage économique avec la deuxième puissance mondiale, alors que les appels à réduire les dépendances stratégiques se multiplient des deux côtés de l’Atlantique.

Reconstituer des chaînes de valeur suppose de reconstruire des écosystèmes industriels complets, incluant des réseaux de sous-traitants, des infrastructures logistiques, des capacités de raffinage et de transformation, ainsi qu’un accès aux matières premières critiques et aux compétences nécessaires. Cela nécessite de recréer en quelques décennies ce que la Chine a patiemment bâti en plus de trente ans pour devenir le cœur de l’industrie manufacturière mondiale.

Cette évaluation intervient alors que les relations commerciales entre Bruxelles et Pékin se détériorent. Fin juin, le commissaire européen au Commerce, Maros Sefcovic, a rencontré son homologue chinois Wang Wentao à Bruxelles pour tenter d’éviter une escalade commerciale. À l’issue de cette rencontre, il a déclaré que « le statu quo n’est pas une option », appelant l’Union européenne à « défendre sa base industrielle et se battre pour des règles du jeu équitables au niveau mondial ».

L’inquiétude de Bruxelles repose sur un déséquilibre commercial massif. Le déficit de l’Union européenne vis-à-vis de la Chine dépasse actuellement un milliard d’euros par jour. En dix ans, ce déficit a été multiplié par cinq en volume et plus que doublé en valeur. L’Union européenne attribue cette dégradation aux importantes aides publiques accordées par Pékin à son industrie, qui fragilisent des secteurs entiers, de l’automobile à la sidérurgie.

Pékin rejette ces accusations, affirmant que « la Chine et l’Union européenne sont des partenaires, pas des rivaux », et que « les causes profondes des problèmes auxquels l’UE est confrontée ne se trouvent pas en Chine ».

Au-delà des échanges commerciaux, la dépendance européenne suscite des inquiétudes croissantes. Bruxelles cherche à sécuriser ses approvisionnements en matières premières critiques, en semi-conducteurs, en batteries, et dans les technologies bas carbone, où la Chine détient une position dominante.

L’étude d’EY-Parthenon souligne que cette autonomie industrielle ne s’obtiendra pas sans sacrifices. La Chine, qui n’est plus simplement un atelier de production à bas coût, concentre une part essentielle des chaînes d’approvisionnement mondiales. Cette concentration explique pourquoi un découplage complet nécessiterait un investissement sans précédent.

Dans ce contexte, les entreprises adoptent généralement une approche plus pragmatique que celle d’une rupture frontale. La stratégie dite « China plus one » consiste à maintenir une présence en Chine tout en développant des capacités de production dans d’autres pays, tels que l’Inde, le Vietnam, le Mexique ou certaines économies européennes. L’objectif n’est pas de quitter la Chine, mais de réduire le risque qu’une crise géopolitique ou une restriction commerciale ne paralyse l’ensemble de la chaîne de valeur.

Source : Financial Times, EY-Parthenon

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