Les disparus de l’Isère : 43 années de mystère et de négligences
Le Pôle judiciaire des crimes sériels ou non élucidés a relancé, depuis sa création en 2022, l’instruction de plusieurs dossiers de l’affaire dite des « disparus de l’Isère ». Entre 1983 et 1996, neuf enfants ont été enlevés dans ce département. Les corps de six d’entre eux ont été retrouvés, tandis que deux restent introuvables et un garçonnet a survécu. Les instructions de ces cold cases, longtemps déconcertantes, sont désormais confiées aux magistrats spécialisés de Nanterre, offrant un nouvel espoir aux familles.
Les enquêtes, souvent succinctes et dispersées dans différents commissariats ou brigades de gendarmerie, n’avaient établi aucun lien entre les affaires. De nombreuses investigations ont été partagées, avec des prescriptions ou des non-lieux pour défaut d’élucidation. Ces dossiers auraient pu être définitivement oubliés sans la persévérance de plusieurs proches, dont Férouze Bendouiou, la sœur de Charazed, kidnappée le 8 juillet 1987, qui reste engagée dans la recherche de vérité.
Créé en 2022 sous l’impulsion de Jacques Dallest, alors procureur général près la cour d’appel de Grenoble, le Pôle des crimes sériels ou non élucidés (PCSNE) traite actuellement 136 procédures, avec plusieurs centaines d’autres en examen. Sept magistrats collaborent avec des enquêteurs de la division spéciale de Grenoble et des experts.
Le PCSNE utilise des méthodes modernes pour étudier le parcours criminel de potentiels suspects et se concentre également sur les témoins. La juge Sabine Kheris a récemment sollicité la mémoire de Jérôme Janvier, frère aîné de Ludovic, disparu il y a 43 ans, et de Grégory Dubrulle, rescapé en 1983. Elle a également joint deux procédures unies par un ADN, permettant la mise en examen d’un suspect de deux meurtres commis en Isère.
Les disparitions, survenues entre 1983 et 1996, révèlent une unité géographique et temporelle. Le premier enfant de cette série tragique est Ludovic Janvier, âgé de 6 ans et demi, enlevé en mars 1983. Sa disparition a été suivie par celle de Grégory Dubrulle, 8 ans, en juillet de la même année, qui a survécu après avoir été laissé pour mort. D’autres cas, tels qu’Anissa Ouadi en 1985 et Charazed Bendouiou en 1987, illustrent la tragédie qui a frappé la région.
En 2003, Férouze Bendouiou découvre que l’affaire de sa sœur a été classée sans suite en 1988. Sa détermination a conduit à la réouverture de l’enquête et à la création de la cellule « Mineurs 38 », qui a permis de regrouper plusieurs affaires.
La série de disparitions a également inclus des cas de meurtres d’adolescents, comme celui de Nathalie Boyer en 1988, dont le corps a été retrouvé près d’une voie ferrée. Georges Pouille, condamné pour le meurtre de Sarah Syad en 1991, a été identifié grâce à l’ADN, mais n’a pas été mis en cause dans les autres affaires des disparus de l’Isère.
Avant la création du Pôle cold cases, seulement trois des neuf affaires avaient été élucidées. Le scandale des scellés détruits a également mis en lumière des manquements graves dans le traitement des preuves. En 2010, il a été révélé que des ossements d’un enfant, potentiellement liés à Ludovic Janvier, avaient été détruits.
Aujourd’hui, le Pôle continue de travailler sur ces affaires, avec l’espoir que de nouveaux témoignages permettront de faire avancer les enquêtes. La réactivation de ces dossiers, longtemps considérés comme prescrits, souligne l’importance de la persévérance et de l’engagement des familles et des magistrats.
Source : Actu Juridique



