Pourquoi les langues des immigrés disparaissent-elles ?
L’immigration représente une menace croissante pour les langues d’origine, selon le magazine dominical de la chaîne canadienne CBC. Les enfants d’immigrants adoptent souvent la langue du pays d’accueil, tandis que certains parents choisissent de ne pas transmettre leur langue maternelle.
La journaliste Sophia Smith Galer évoque l’expérience de sa grand-mère italienne, qui a immigré à Londres, et de sa mère, qui parlaient l’émilien, un dialecte aujourd’hui en voie de disparition. Bien qu’elle comprenne cette langue, elle ne peut pas la parler et ne pourra donc pas la transmettre à la génération suivante. Cette situation l’a inspirée à écrire son livre How to Kill a Language: Power, Resistance, and the Race to Save Our Words (« Comment tuer une langue. Pouvoir, résistance et la course pour sauver nos mots », inédit en français). Elle souligne que l’émigration, la guerre et la colonisation sont des facteurs clés dans la perte des langues, une affirmation corroborée par Nikolay Slavkov, professeur à l’Institut des langues officielles et du bilinguisme de l’université d’Ottawa.
Au Canada, des initiatives éducatives visent à revitaliser des langues comme le néerlandais et le cantonais chez les jeunes générations, qu’ils soient descendants d’immigrés ou immigrants eux-mêmes. Mak, enseignante de cantonais, déclare : « C’est notre histoire, nos valeurs, nos traditions et notre identité. Si nous les perdons, nous perdrons le lien avec nos générations de grands-parents, d’arrière-arrière-grands-parents et avec notre histoire. » Ce travail contribue également à la promotion du multilinguisme, fondement de la société canadienne.
Monika Schmid, professeure de linguistique à l’université d’York au Royaume-Uni, met en avant l’importance du multilinguisme, affirmant que les langues sont des « réservoirs d’informations ». La perte d’une langue entraîne la disparition de connaissances sur la nature, de récits d’origine, de poèmes et de littérature. Nikolay Slavkov ajoute que « la diversité des langues devrait être valorisée de la même manière que nous valorisons la biodiversité dans le monde naturel », soulignant que sans cette valorisation, nous nous dirigeons vers un « avenir dystopique ».
Cette problématique de la disparition des langues des immigrés soulève donc des enjeux culturels et identitaires majeurs, tant pour les communautés concernées que pour la société dans son ensemble.
Source : CBC


