Camille Claudel et Bernhard Hoetger : un dialogue artistique à Nogent-sur-Seine
Le musée Camille Claudel à Nogent-sur-Seine accueille une exposition inédite mettant en lumière les œuvres de Camille Claudel (1864–1943) et de Bernhard Hoetger (1874–1949). Cette collaboration avec le musée Paula Modersohn-Becker de Brême et l’Alte Nationalgalerie de Berlin, où l’exposition a été présentée en 2025, offre un parcours renouvelé composé de près de 90 sculptures, dessins, peintures et photographies.
Cette exposition met l’accent sur la production de Claudel durant les dernières années avant son internement, tout en présentant le travail d’un artiste aujourd’hui moins connu. Elle débute par un chapitre consacré à l’exposition en duo organisée en 1905 à la galerie d’Eugène Blot à Paris, où Claudel, alors âgée de 41 ans, a exposé certaines de ses œuvres les plus emblématiques. À cette époque, elle a déjà réalisé des pièces majeures de sa carrière, mais sa santé déclinante la poussera à arrêter de sculpter quelques mois plus tard. Hoetger, quant à lui, est un jeune artiste de 31 ans, décrit comme « l’étoile montante de la sculpture ».
Des œuvres animées par le mouvement et l’expression
Leurs parcours artistiques se croisent à un moment clé de leurs carrières, l’un avant son déclin, l’autre en pleine ascension. Eugène Blot, en tant que marchand d’art et éditeur, a publié un catalogue pour l’occasion, et bien que seule une photographie de l’événement ait survécu, cela fournit des indications précieuses sur l’accrochage. L’exposition présente douze sculptures de Claudel, dont certaines sont parmi ses œuvres les plus célèbres, telles que La Vague, L’Implorante, La Valse et La Sirène. Ces pièces, entourées de plantes, sont exposées sur des sellettes en bois, côtoyant 38 bronzes et plâtres de Hoetger, ainsi que vingt de ses dessins.
Les œuvres, placées côte à côte, révèlent des obsessions communes : la quête du mouvement et de l’expression dans la sculpture, ainsi que la « vibration des surfaces » et la « figuration du féminin ».
Certaines œuvres se répondent de manière frappante, comme les couples enlacés dans L’Abandon de Claudel et Adieux de Hoetger, ou l’animation de La Vague et de La Tempête.
Les nombreux talents d’un sculpteur méconnu
Le musée de Nogent-sur-Seine réunit l’intégralité des œuvres présentées en 1905, réactivant ainsi la découverte de Hoetger. En 1905, le critique d’art Louis Vauxcelles notait que « l’inconnu de 1900, Bernhard Hoetger, est aujourd’hui l’un de ceux dont les artistes répètent le nom avec admiration ». Bien que quelque peu oublié, Hoetger retrouve une place sur le devant de la scène grâce à la finesse de son talent.
La deuxième partie de l’exposition met en lumière le fait que Hoetger n’était pas seulement sculpteur, mais également impliqué dans l’architecture, la peinture et le design. Son œuvre est nourrie par une curiosité pour les arts variés, allant des mouvements modernes aux influences gothiques et égyptiennes.
Un galeriste dévoué
L’exposition se termine par une réflexion sur les derniers moments de Claudel en tant que sculptrice active. Bien qu’elle ait été exposée par Blot en 1907 et 1908, sa dernière sculpture, Niobide blessée, réalisée en 1905, témoigne de sa vulnérabilité. Blot, en tant que soutien indéfectible, lui écrit vingt ans après son internement : « Avec vous, on allait quitter le monde des fausses apparences pour celui de la beauté. Quel génie ! ». Il émerge ainsi comme un personnage central de cette exposition, dont la scénographie rend hommage à sa galerie.
Cette exposition, intitulée Camille Claudel & Bernhard Hoetger : l’exposition de 1905, se tiendra du 12 septembre 2026 au 10 janvier 2027 au musée Camille Claudel de Nogent-sur-Seine.
Source : Beaux Arts Magazine

