Deux vols habités français… mais où est la stratégie spatiale derrière cette annonce ?

Deux vols habités français… mais où est la stratégie spatiale derrière cette annonce ?

Emmanuel Macron a récemment annoncé, lors du sommet « Choose France », deux vols habités d’astronautes français pour des missions commerciales avec la start-up américaine Vast. Cette annonce a surpris de nombreux observateurs et soulève des questions sur la vision spatiale de la France.

La première interrogation concerne la stratégie française en matière de vols habités. Actuellement, en dehors du cadre de l’Agence spatiale européenne (ESA), la France ne dispose pas d’une feuille de route claire dans ce domaine. Cet accord avec Vast, consistant à acheter deux sièges dans l’espace, ne représente pas une politique spatiale cohérente. Il s’agit d’un acte isolé, sans vision articulée de ce que la France souhaite accomplir dans l’orbite basse à l’ère post-ISS.

De plus, en agissant de manière unilatérale, la France risque de perturber sa relation avec l’ESA, où la coordination européenne est essentielle pour faire face aux ambitions des États-Unis et de la Chine.

Du côté américain, ce partenariat est avantageux pour Vast, qui bénéficie de l’expérience de Thomas Pesquet, un astronaute très médiatisé. Les entraînements des deux astronautes seront financés par le Corps européen des astronautes et le CNES, ce qui signifie que la France apporte davantage que les 50 millions d’euros du contrat. Elle fournit également une expertise et une légitimité que Vast aurait eu du mal à acquérir autrement.

Ce chiffre de 50 millions d’euros mérite d’être souligné. Le financement proviendra du CNES, malgré des réserves de l’agence elle-même. Pour ce faire, le CNES devra probablement réduire d’autres programmes en cours, mettant en péril des projets scientifiques déjà en place.

Une autre contradiction réside dans le fait qu’Emmanuel Macron a critiqué la domination de SpaceX dans l’accès à l’espace, alors que les astronautes français utiliseront un Crew Dragon de SpaceX pour leurs missions. Cela soulève des questions sur l’autonomie stratégique européenne dans l’espace.

Bien que les astronautes puissent mener des expériences scientifiques, rien n’as que les budgets nécessaires seront disponibles pour ces projets. Les missions scientifiques nécessitent du temps et des ressources, et sans une planification rigoureuse, ces expériences risquent de rester ponctuelles et sans capitalisation à long terme.

Enfin, cette annonce pourrait davantage relever d’une volonté de prestige national que d’une véritable stratégie spatiale. Le choix du sommet « Choose France » pour faire cette annonce, ainsi que l’installation du siège européen de Vast à Paris, semblent indiquer une démarche plus symbolique qu’industrielle. La France, malgré sa tradition dans l’espace habité, pourrait avoir besoin d’une vision plus claire pour ses futures ambitions spatiales.

Source : Futura Sciences.

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