Une mission vers un trou noir : deux obstacles à surmonter
Une mission vers un trou noir ne relève plus seulement de la science-fiction. Un astrophysicien a récemment chiffré les conditions nécessaires à un tel voyage, révélant deux verrous majeurs à faire sauter.
Une mission vers un trou noir sortirait du domaine de la fiction
Aucun être humain n’a jamais observé de près un trou noir, l’un des objets les plus extrêmes de l’univers. Selon des travaux de Cosimo Bambi, astrophysicien à l’université Fudan, mis en ligne sur arXiv le 13 juillet 2026, un voyage vers un trou noir reste spéculatif, mais pas totalement irréaliste. Lors d’un colloque d’astrophysique à Palerme en juin 2026, il a défendu ce scénario dans le but de tester la relativité générale d’Einstein dans des conditions extrêmes.
Le calendrier proposé est ambitieux : la technologie nécessaire pourrait émerger dans les 20 à 30 prochaines années, suivie d’un voyage de 60 à 70 ans, et d’un retour des données prévu entre 20 et 25 ans après la mission. Ainsi, la durée totale de cette mission pourrait s’étendre sur 80 à 100 ans.
Les télescopes actuels atteignent déjà leurs limites en matière d’observation. Ils parviennent à photographier l’ombre d’un trou noir sans jamais s’approcher de son horizon des événements, le point de non-retour où même la lumière est piégée. Une sonde dans cette zone pourrait mer directement la courbure de l’espace-temps.
Une voile poussée par laser remplacerait les fusées classiques
Les moteurs chimiques traditionnels ne seraient pas adaptés pour ce type de mission, car une fusée mettrait des milliers d’années à parcourir quelques années-lumière. Le projet propose donc l’utilisation d’un nanocraft, un engin d’un gramme fixé à une voile de 10 mètres carrés. Des lasers au sol pourraient la propulser jusqu’à un tiers de la vitesse de la lumière en seulement 17 minutes.
Ce lancement ne prévoirait aucun freinage. La sonde traverserait le système à pleine vitesse, sans s’y installer. Elle aurait quelques instants pour mer le champ gravitationnel et photographier son environnement avant d’envoyer ses données pendant des décennies. Ainsi, un siècle de travail se jouerait sur un unique survol.
Le principal obstacle d’une mission vers un trou noir reste sa cible
Actuellement, aucun trou noir connu ne se trouve suffisamment près de la Terre. Gaia BH1, le plus proche répertorié, se situe à 1 560 années-lumière, dans la constellation d’Ophiuchus. Cette distance rend tout projet de survol impraticable. Cependant, la Voie lactée abriterait environ 100 millions de trous noirs stellaires, dont 92 % seraient isolés, sans étoile compagne pour indiquer leur présence.
Ces astres solitaires n’émettent aucune lumière propre, mais des statistiques suggèrent qu’un trou noir pourrait exister à 20 ou 25 années-lumière du Soleil, sans danger pour notre système. Les relevés actuels pourraient le détecter par le rayonnement produit lorsqu’il avale du gaz.
Malgré tout, la technologie nécessaire pour concrétiser cette mission est encore manquante sur plusieurs fronts. Aucun nanocraft d’un gramme ne pourrait survivre à un tel voyage, et la puissance laser requise n’est pas encore disponible. Le programme Breakthrough Starshot, le projet le plus avancé sur les voiles laser, a été suspendu en septembre 2025. Toutefois, des groupes de travail se forment, et une conférence internationale est prévue à l’été 2027 pour rassembler ces équipes.
Source : Science et Vie


