«Un effacement d'une partie de l'histoire»: en Guinée, la destruction de la Maison centrale de Conakry a commencé

Un effacement d’une partie de l’histoire : la destruction de la Maison centrale de Conakry

À Conakry, une page de l’histoire carcérale du pays est en train de se tourner. La Maison centrale de Conakry, située dans la commune de Kaloum, est progressivement démolie depuis le samedi 22 août. Établie en 1933 durant la période coloniale, cette prison est devenue l’un des lieux les plus emblématiques du système pénitentiaire guinéen. Après l’indépendance, elle a accueilli de nombreux acteurs politiques de premier plan, tels que les ex-présidents Alpha Condé et Moussa Dadis Camara, ainsi que le journaliste Souleymane Diallo.

Frédéric Le Marcis, anthropologue à l’École normale supérieure de Lyon, souligne l’usage politique de cette prison. Selon lui, elle a servi à matérialiser la puissance du pouvoir, tant à l’époque coloniale qu’après l’indépendance. Cette prison a non seulement été un lieu de détention pour des opposants et des personnes jugées indésirables, mais également un espace de contestation où les détenus ont exprimé leur désaccord avec l’autorité en place.

La Maison centrale n’est pas la seule à être concernée par cette volonté de réécriture de l’histoire. Comme le camp Boiro, symbole de la violence d’État sous Sékou Touré, la Maison centrale ne sera pas transformée en musée. Ce choix s’inscrit dans une démarche de « Branding Guinée », visant à effacer un passé douloureux et à promouvoir une nouvelle image du pays. Ce processus est également visible à travers la rebaptisation de l’aéroport de Conakry en aéroport international Ahmed-Sékou-Touré.

Actuellement, les autorités guinéennes construisent une nouvelle prison, nommée « Yorokoguiyah », à Dubréka, en remplacement de la Maison centrale. Cette initiative répond à des appels internationaux pour améliorer les conditions de détention en Guinée. Le pays affiche un taux d’incarcération relativement bas, avec environ 33 détenus pour 100 000 habitants, mais les conditions de détention sont souvent jugées inacceptables. La Maison centrale, conçue pour 300 personnes, accueillait jusqu’à 1500 détenus avant sa démolition.

La question se pose désormais sur la nécessité de construire une prison capable d’accueillir 3000 détenus, alors que la population carcérale totale en Guinée est d’environ 6000 personnes en 2024. Ce projet d’amélioration des conditions d’incarcération pourrait-il être accompagné d’une augmentation du nombre de détenus ? Cette interrogation demeure sans réponse.

Source : RFI

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