: Reportage

Le corps s’habitue : une étude sur les effets de l’apesanteur à Toulouse

Allongés les pieds plus hauts que la tête, dix hommes participent, à Toulouse, à une étude du CNES, l’agence spatiale française. Objectif : mer les effets de l’apesanteur et du rationnement alimentaire sur l’organisme, en vue des futures missions spatiales de longue durée dans l’espace.

Dans la clinique Medes, qui organise depuis 30 ans des tests de médecine spatiale, l’ambiance est calme en ce mois de juin. Les dix volontaires, âgés de 20 à 40 ans, sont installés deux par deux dans cinq chambres. Ils sont tous allongés sur le dos, équipés de capteurs, et doivent maintenir leurs pieds 17 centimètres plus hauts que leur tête pendant dix jours, sans même s’asseoir.

Cette expérience, qui pourrait sembler agréable, est en réalité un défi quotidien. Les volontaires doivent garder « les épaules sur le lit ». Jean et Loïc, deux participants, décrivent la difficulté du premier jour, marqué par des douleurs dorsales et une sensation désagréable de pression sanguine dans la tête.

« Au début, on a eu des légers maux de tête liés à l’alitement. Maintenant ça déroule, tout va bien », confie l’un des volontaires.

Pour passer le temps, ils ont accès à des consoles de jeux, des ordinateurs et des livres, mais les visites de proches sont interdites. Ils doivent également prendre leur douche allongés sur un brancard et regarder la télévision grâce à un rétroprojecteur, projetant les images au plafond.

Sur le plan alimentaire, les participants sont soumis à un régime strict. L’apport calorique quotidien est réduit de 90%, soit 250 calories par jour. Ce régime se compose d’une cuillère de miel le matin, d’une soupe et d’un jus de fruit le midi, et d’un bouillon le soir. Tout est pesé au gramme près, et les participants ont mis en place des rituels pour apprécier leur repas.

« Au début, on coupait le jus de fruit avec de l’eau, mais plus maintenant », explique un volontaire. Bien qu’ils ressentent parfois la faim, ils s’habituent progressivement à ce régime restrictif.

Ces volontaires ne voyageront jamais dans l’espace, mais en maintenant cette position allongée, ils simulent des conditions proches de celles des astronautes. Matthieu Marty, doctorant en physiologie spatiale, souligne que cette inactivité reproduit le manque de contraintes musculaires que rencontrent les astronautes, tandis que la position de la tête permet une redistribution des fluides dans le corps.

Durant l’essai clinique, les participants subissent divers tests neurologiques, cardiovasculaires et musculaires. Cette recherche vise à mieux comprendre les effets de l’apesanteur sur l’organisme, mais elle a également des implications pour la santé humaine en général, en particulier face à des modes de vie de plus en plus sédentaires. Marie-Pierre Bareille, responsable des activités de la clinique spatiale, indique que cette étude peut enrichir notre connaissance de la physiologie humaine.

Pour leur participation, ces volontaires sont indemnisés 5 000 euros pour les dix jours de jeûne et d’alitement.

Source : Franceinfo

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