Des vagues auraient sculpté les rivages des lacs d’hydrocarbures de Titan
Des mers, des lacs et des rivières existent également au-delà de la Terre, notamment sur Titan, la plus grande lune de Saturne. Contrairement à notre planète, ces vastes étendues liquides sont composées d’hydrocarbures, principalement de méthane et d’éthane. En 2012, la sonde Cassini a révélé ces paysages fascinants, suggérant même la présence de vagues à la surface de ces lacs. Toutefois, cette hypothèse n’a pas fait l’unanimité parmi les planétologues. Pour apporter des éléments nouveaux au débat, Rose Palermo, géologue au Centre de science marine et côtière de Saint Petersburg, et ses collaborateurs ont développé un modèle numérique pour simuler l’évolution des côtes des lacs de Titan, avec ou sans vagues.
Lancée en 1997, la sonde Cassini a exploré le système de Saturne à partir de 2004 pendant près de treize ans. En 2007, elle a fourni des images révélant la surface de Titan, déjà soupçonnée d’abriter d’immenses étendues d’hydrocarbures, comme l’indiquaient les données des sondes Voyager 1 et 2 dans les années 1980.
Le 24 juillet 2012, lors d’un survol de Titan, Cassini a utilisé l’instrument VIMS pour étudier la réflexion de la lumière sur la surface des lacs d’hydrocarbures, en observant le Kivu Lacus. Les résultats ont montré des irrégularités, que certains planétologues ont interprétées comme des vagues. Cependant, d’autres analyses n’ont pas confirmé ces irrégularités, laissant la question ouverte.
Pour approfondir cette recherche, Rose Palermo et son équipe ont simulé trois scénarios d’évolution des côtes. Dans le premier, il n’y a pas d’érosion. Dans le second, l’érosion est uniforme, causée par la dissolution des roches par le méthane et l’éthane. Dans le dernier, l’érosion est due aux vagues. Les résultats montrent que sans vagues, les rivages sont lisses, tandis qu’avec l’action des vagues, la morphologie côtière devient irrégulière, influencée par la force des vagues.
Les chercheurs ont d’abord testé leur modèle sur sept lacs terrestres, connus pour avoir des côtes formées par érosion. Les simulations ont réussi à reproduire les configurations de ces plans d’eau, permettant leur application à Titan. Les résultats indiquent que l’érosion par les vagues correspond le mieux aux littoraux observés par Cassini.
Pour confirmer l’existence de vagues sur Titan, une observation directe est nécessaire. Cependant, la prochaine mission vers cette lune, Dragonfly, ne devrait pas arriver avant 2034.
Source : Pour la Science
